Zeus Ajavon écrit à Faure Gnassingbé.

31 03 2009

Monsieur le Président de la République,

Le 24 avril 2005, à la suite des élections présidentielles anticipées organisées après le décès du Président Eyadema, vous avez accédé à la magistrature suprême au Togo. Depuis lors, vous avez affirmé votre volonté de garantir la paix sociale et promouvoir la réconciliation des fils du Togo.

 

 

(zeus ajavon)

(zeus ajavon)

Le CACIT et Agir Ensemble pour les droits de l’Homme ont pris note que, évoquant les consultations nationales organisées en appui au processus vérité, justice et réconciliation, vous avez dit, le jeudi 29 janvier 2009 devant près de 300 chefs traditionnels du Togo : «les conclusions contenues dans le rapport issu de ces consultations et qui sont la synthèse de ce que souhaitent les Togolais, seront intégralement appliquées, comme je m’y suis engagé ». CACIT et Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme se réjouissent de ce que, dans cette logique, vous ayez entamé des discussions avec des acteurs de la vie sociale à savoir les leaders religieux et les universitaires. Les deux organisations notent, avec satisfaction que, réunis en Conseil des ministres le mercredi 18 février 2009, votre gouvernement a adopté le projet de décret relatif à la création de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation.

Au même moment, le CACIT et Agir Ensemble pour les droits de l’Homme notent que ces dernières semaines, vous avez affirmé votre volonté de voir les élections présidentielles de 2010 organisées dans la transparence et dans la paix totales.
Le CACIT et Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme tiennent à vous rappeler l’importance de faire la lumière sur les évènements de 2005 et de rendre justice afin que ce nouveau scrutin obtienne une réelle adhésion des populations et se déroule dans les meilleures conditions.

Monsieur le Président de la République,

(faure gnassingbé)
(faure gnassingbé)

Il nous parait en effet utile d’attirer votre attention sur le drame humain que continuent à vivre la plupart des victimes des violences de 2005. Alors que le scrutin de 2010 approche à grands pas, ces victimes continuent de vivre des traumatismes physiques ou psychologiques de tous ordres et s’interrogent sur leur avenir.
Comment rester insensible face, entre autres, aux cas pathétiques parmi lesquels :
AGBOLI François, chauffeur de véhicule poids lourd dont une jambe a été amputée à mi cuisse et qui se retrouve aujourd’hui dans un état de dépendance extrême
EFFANVI Fofo, menuisier de profession atteint au bras droit par des balles et inapte aujourd’hui à exercer sa fonction
EKOUE Amavi qui a toujours une balle logée dans sa colonne vertébrale, faute de moyen financier pour l’opération
SEMANOU Eric, élève au moment des faits dont le rein gauche, la rate, le foie et les intestins ont été touchés par les éclats de grenade et qui attend désespérément des soins chirurgicaux pour soulager sa douleur
Mesdames KOUGBLENOU Sitou et MATREVI Kalepe Akpénè qui ont perdu leurs époux fauchés par balle
NUTSOU Ayélé Béatrice, traumatisée par le souvenir des scènes de décapitation et de mutilation de son fils auxquelles elle a assisté
TOMEKPE Abra Lanou, hantée par l’horreur provoquée en elle à la suite de l’éclatement de la tête de son petit frère qui a reçu des balles tirées à bout portant
La vie de nombreux autres citoyens, qui gardent le silence, a basculé entre février et mai 2005.

Monsieur le Président de la République,
Toutes ces victimes continuent à se poser des questions : « Pourquoi en est-on arrivé à ce stade de violence jamais égalé au Togo ? Pourquoi a-t-on mutilé, violé, détruit, brûlé ? Pourquoi a-t-on tué maris, femmes, enfants ?». Bien plus, ces victimes s’interrogent sur l’effectivité de votre engagement pris à Atakpamé, le 28 juillet 2007, alors que vous déclariez que « notre peuple qui a tant souffert, a le droit à la vérité et également à la justice ».

Il importe que des réponses adéquates soient données à ces interrogations pour briser le cycle de la peur et envisager un authentique processus de réconciliation.
Le CACIT et Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme vous demandent aujourd’hui de traduire vos déclarations en mesures concrètes en vue de :
l’instruction effective des trente sept (37) dossiers de plaintes déposées, à ce jour, à Lomé, Atakpamé et Amlamé ;
l’installation effective et sans délai, de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation conformément aux conclusions des Consultations Nationales.

Monsieur le Président de la République, pour le CACIT et Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme, ce n’est qu’à ce prix qu’au Togo, le crime ne se nourrira plus de l’impunité.

Fait, le 20 mars 2009,

 

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