Affaire Kpatcha gnassingbé vu d’ailleurs.

27 04 2009

Une bataille, semblable à celle des cochons d’un même enclos autour de l’auge se livre sous nos yeux. Elle n’a pas commencé dans la nuit du 12 avril, nuit de l’attaque du domicile de Kpatcha Gnassingbé par les forces fidèles à Faure Gnassingbé. Non contents de nous voir y assister en témoins consternés, attristés et impuissants, on veut nous faire croire que nous y sommes impliqués, que le peuple togolais y est impliqué.

(kpatcha gnassingbé)

(kpatcha gnassingbé)

Dans ce règlement de compte entre cochons d’une même porcherie, on veut instrumentaliser la Constitution togolaise, tout comme les hommes que ces mêmes adversaires d’aujourd’hui autour de l’auge ont mis en place au sein des institutions censées être celles de la République.

Non, la Constitution togolaise, la vraie, celle votée par le peuple togolais en 1992 n’est pas à chercher dans cette porcherie et le peuple togolais n’a rien à faire non plus dans cet enclos à cochons où l’on veut l’enfermer. Notre bataille est ailleurs.

Pour comprendre la bataille qui a été livrée le 12 avril au domicile de Kpatcha Gnassingbé entre les militaires soi-disant favorables à ce dernier qui se prépareraient à perpétrer un coup d’Etat et les éléments de la Force d’Intervention Rapide (FIR) des Forces Armées Togolaises, donc défendant le pouvoir de Faure Gnassingbé, il faut se référer aux conditions dans lesquelles ce dernier a été installé à la Présidence de la République.

Il est clair pour tous que ce n’est pas par des élections, que ce n’est pas non plus sur la base de la Constitution, ni d’un texte quelconque régissant la République. Il a donc fallu des hommes (militaires togolais, politiciens togolais, non seulement ceux qu’on appelle barons du RPT mais aussi des hommes comme Edem Kodjo, des chefs d’Etat africains, de la sous-région ouest-africaine en particulier, Chirac de France, Françafrique) et tout un réseau d’intérêts pour désigner Faure Gnassingbé.

Il a fallu examiner le « dossier » de chacun des fils Gnassingbé pour savoir, lequel non seulement serait le mieux qualifié par des critères de personnalité, de diplômes d’études, de sa capacité à gérer les affaires de l’Etat, mais aussi serait le mieux à même de préserver les intérêts de tout ce beau monde qui, sûrement n’a pas fait un choix en fonction des beaux yeux de Faure, même si, physiquement, il fait plus « Président » que Kpatcha.

J’ai même entendu, dans une analyse de journalistes sur TV5 (Kiosque), à la mort d’Eyadema que dans ce pays qui risquerait d’être déchiré par les conflits inter-ethniques, Faure, né d’une mère du Sud, serait mieux à même de réaliser l’unité du pays autour de sa présidence. Drôle d’analyse, mais valable tout de même, parce que chacun sait que dans ce pays comme dans d’autres de l’Afrique des dictateurs, le vote des citoyens n’a jamais été et n’est pas un critère pour la mise en place d’un nouveau pouvoir. Et qui sait si parmi tous ces hommes que nous avons cités, ces « faiseurs de roi », il n’y en avait pas qui donnaient dans une réflexion du même genre ?

Faure l’a donc emporté, mais peut-on imaginer que ce fût sans négociation avec les autres enfants à Papa, sans contrepartie, sans promesse, surtout à celui qui paraissait avoir les appétits les plus aiguisés, Kpatcha ?

 Qu’on se rappelle que ce dernier, dans le premier gouvernement de son frère, détenait le ministère que l’on peut considérer comme le plus puissant, de la Défense Nationale et que par la suite, il en a démissionné (ou été évincé, personne ne peut le dire exactement). Dans le partage de l’héritage, qu’est-ce qui avait été accordé (ou promis) à chacun des fils Eyadema ?

La présidence pour Faure, l’armée pour Kpatcha, les postes juteux à d’autres dont on parle moins… En attendant d’autres remous, que d’autres appétits se révèlent pour d’autres négociations, d’autres promesses en vue de les apaiser. Et toutes les promesses jusqu’ici faites, ont-elles été tenues ?

Dans tous les cas, concernant Kpatcha, si ces promesses avaient été tenues, il n’aurait certainement pas quitté le ministère de la Défense. Or Kpatcha, (il ne l’a jamais caché lui-même) revendique l’héritage paternel à 100%. Comprenne qui pourra, mais on peut être sûr d’une chose, c’est qu’il ne se contentera jamais d’un siège de député à l’Assemblée Nationale.

N’avait-il pas (que l’on me pardonne s’il s’agissait d’une simple rumeur), à l’occasion du premier anniversaire de la mort de leur père, cadenassé la porte d’entrée du caveau familial pour empêcher Faure d’avoir accès à la momie d’Eyadema ?

 Ce que certains peuvent qualifier de superstition a un sens ici : ni Kpatcha, ni Faure n’étant élu par le peuple togolais, c’est du père, et puisqu’il est mort, du cadavre du père que l’un ou l’autre pourrait détenir son pouvoir et sa puissance. Cette conception mystique, obscurantiste du pouvoir est tout aussi valable que le critère de l’origine de la mère de chacun des fils Gnassingbé.

La revendication du cadavre du père à 100%, comme de son pouvoir peut être interprétée comme l’appartenance à 100%, de Kpatcha à l’ethnie de son père. Les craintes que suscite la tuerie du 12 avril vont dans plusieurs sens.

Le premier sens et le pire me semble être que Kpatcha, diabolisé à 100%, certains de nos concitoyens trompés par les apparences et aussi par des analyses du genre de celle à laquelle j’ai fait allusion, se tournent tout naturellement vers celui qui ne constituerait qu’un danger à 50%.

Nous ne savons pas ce que nous réserve Faure, quand il aura complètement assis son pouvoir, en massacrant qui lui barrera la route, y compris ses propres frères. La bataille du 12 avril au domicile de Kpatcha, il faut bien le comprendre, s’inscrit tout à fait dans la logique de la conquête et de la conservation du pouvoir au Togo, depuis le 13 janvier 1963.

L’attaque de la Primature du 28 novembre au 1er décembre 91 et la capture de Koffigoh sont dans les mœurs politiques inaugurées par Eyadema et sa clique en 1963. Les massacres des 24 et 25 avril 2005, l’assassinat d’Atsutsé Agbobli sont dans cette même logique.

La deuxième crainte est que, d’une manière définitive, l’accès à la présidence de la République soit désormais lié à la règle du « qui tire le premier ». Implicitement, Kpatcha le reconnaît quand il déclare à un journaliste de RFI que « Moi aussi, on me rapporte que mon frère veut me tuer ».

 La troisième crainte, celle qu’éprouvent sûrement beaucoup de Togolais est que l’élection présidentielle prévue en 2010, si elle a lieu, ne change rien à la situation : quel qu’en soit le vainqueur, quel que soit son camp, s’il veut réellement accéder au pouvoir et l’exercer, il faut, perpétuellement qu’il soit sur le qui-vive, pour être celui qui tire le premier.

Il n’y a pas très longtemps, un des candidats déclarés actuels à la présidence de la République écrivait une « lettre ouverte au Président de la République », pour lui demander de convoquer un forum national, en lieu et place de cette même élection. « La Providence » l’aurait ainsi voulu, selon l’auteur de la lettre ouverte ! Ce n’est pas du messianisme politique remplaçant la démocratie. Ce n’est pas non plus un paradoxe. C’est du réalisme, dans cette situation où nous nous sommes laissés aller. Je dis « nous ». Que pourrais-je dire d’autre ?

 Pour réfuter ce réalisme-là, il faudrait commencer par dire que Faure n’à aucune légitimité, ni pour se faire appeler « Président de la République », ni pour convoquer un forum national. Et combien de Togolais sont prêts à le faire ?

Combien de ministres sont prêts à quitter aujourd’hui ce gouvernement que l’un d’eux a, lui-même, qualifié d’enclos à cochons, pour laisser les cochons se battre entre eux autour de l’auge ? Nos « faiseurs de roi » avaient-ils prévu cet état de choses et viendront-ils à notre aide ?

Et nos bons facilitateurs, concepteurs et signataires de l’APG peuvent-ils, en leur âme et conscience, être fiers d’avoir conduit le peuple togolais dans ce gouffre ?

Quelque part, la mascarade commencée depuis janvier 1963, relayée depuis février 2005 après la mort d’Eyadema par son fils continue. Le procureur de la République, M. Robert Bakaï a fait une déclaration sur les événements, dans lesquels des citoyens ont laissé leur vie. Il annonce une enquête judiciaire pour élucider l’affaire. C’est bien beau.

Ce que nous sommes en droit d’attendre, c’est que les auteurs présumés des actes qui ont entraîné des morts d’hommes soient effectivement traduits en justice, que leur jugement soit public, équitable, avec la participation d’avocats nationaux et internationaux, qu’il y soit prononcé des condamnations si les faits sont avérés et des acquittements en faveur des innocents éventuels…Mais, concernant l’arrestation effective de Kpatcha Gnassingbé lui-même et son inculpation, la réserve et la vigilance sont de mise.

N’y aurait-il pas eu une réunion de famille à Lomé 2 au sujet de l’affaire ? Á moins qu’il s’agisse d’une simple rumeur. Une tentative de coup d’Etat, est-elle une affaire familiale ou une affaire publique ?

Saurions-nous jamais ce qui aurait été dit, décidé, au cours de la réunion de famille ? Et, là, il ne s’agit nullement d’une rumeur, dans quel sens Solitoki Tiburce Esso, Secrétaire Général du RPT, a-t-il publiquement déclaré qu’il faudra une solution d’apaisement ?

Si l’attaque, de nuit, au domicile de Kpatcha avec des armes lourdes menée par la Force d’Intervention Rapide et non la police, l’interpellation musclée et intempestive en plein jour et en pleine ville de l’intéressé, la fermeté affichée du ton de son inculpation, suivies de l’arrestation d’un autre fils Gnassingbé (peut-être que demain deux, trois ou quatre autres viendront s’ajouter à la liste), alors que le lieu de la détention des prévenus demeure un secret selon le procureur Bakaï, si tout ce branle-bas devait finir dans l’apaisement, nous aurions quelque raison de penser que nous sommes bien dans l’un des scénarios du mélodrame joué dans un décor en trompe-l’oeil, auquel le système Eyadema nous a habitués.

Et si, parallèlement aux actions et déclarations publiques, d’autres actions étaient entreprises, d’autres propos étaient tenus en privé et en secret, ayant une incidence plus grave sur l’affaire que ce qui est révélé au grand jour, n’aurions-nous pas tendance à penser que le faire-semblant domine et cache les faits réels et surtout leur visée réelle ?

Du reste, la présentation des armes des conjurés aux journalistes et aux diplomates relève du déjà-vu du système Eyadema. Combien de fois la tactique a-t-elle été utilisée ?

Les Togolais doivent se le rappeler et en tirer des leçons. On nous apprend sur le site de RFI que « le gouvernement togolais va mettre en place une cellule interministérielle, pour vérifier notamment si les conditions de détention des prévenus et le processus judiciaire sont conformes aux standards internationaux ».Franchement parlant, ne connaissons-nous pas déjà le résultat des travaux de cette cellule ?

Le discours du soi-disant chef de l’Etat à la nation n’est qu’une grossièreté de plus, du genre de celles que nous connaissons, une vraie insulte à l’intelligence du peuple togolais.

Pour se dire « garant de la Constitution », il fallait d’abord nous préciser de laquelle il parle. S’il s’agit de celle taillée par son père, puis rapiécée par lui-même, le jeu est clair.

 Mais s’il s’agit de la Constitution de 1992, elle le disqualifie totalement du rôle dans lequel il s’est installé. Du reste, évoquer les nostalgiques du passé, c’est, non seulement ignorer lui-même qu’il est parfaitement le produit de ce passé, mais également chercher à nous faire prendre des vessies pour des lanternes : les méthodes, ou plutôt les recettes utilisées dans le montage du coup et dans ses visées de consolidation du pouvoir usurpé sont bien celles de Papa Gnassingbé, donc du passé.

Le RPT, après que son Secrétaire Général a recommandé une solution de l’apaisement, vient de condamner la tentative de coup d’Etat. Parfait. Restent les motions et les marches de soutien, ou quoi encore ?

Pour Kpatcha comme pour les personnages de Sartre, l’enfer, c’est les autres « ceux qui font tout pour entrer dans la famille », entendez, pour lui voler tout ou partie du pouvoir qu’elle détient du père.

Favorables à Faure ou à Kpatcha, ces « autres » paient pour les crimes et les bêtises de la sainte famille. Nous ne serons donc pas étonnés de voir ces « autres » condamnés, puis éventuellement, peut-être, graciés, ou même, toujours dans cette logique de mascarade dont on use au Togo, payés pour être jugés, condamnés…et graciés.

 Et quant aux morts du 12 avril (combien sont-ils ? nous ne le saurons jamais), tant pis pour eux : ils n’avaient pas à être là, « à entrer dans la famille » quand une bataille propre à cette famille se déroule gentiment entre frères. On ne va pas nous faire croire qu’au bout de deux heures de fusillade, il n’y a eu que quelques cartons troués ! On nous a montré les armes des insurgés. Mais où sont les morts ?

Peut-être, dans le meilleur des cas, on consolera leurs proches par de l’argent ou des postes dans l’administration du pays. On a déjà vu cela sous Eyadema.

L’essentiel est que tout rentre dans l’ordre, c’est-à-dire que le pouvoir soit une affaire des seuls Gnassingbé, les « autres » n’étant que des instruments que l’on utilise à cette fin.

S’il en était autrement, que l’on dise ce qui a été fait des morts de l’accident d’avion de Sarakawa ou de leurs proches : l’essentiel n’a-t-il pas été la « fabrication du Miraculé de Sarakawa » parfaitement réussie ?

Le « Miraculé » de l’après 2010 se prépare, se fabrique aujourd’hui, petit à petit, sous nos propres yeux et certains ne semblent pas s’en rendre compte. Ou bien nous nous en rendons tous compte, mais que guettant quelques miettes qui seront laissées dans l’auge ou répandues ça et là dans la porcherie quand les cochons seront rassasiés, certains, dans leurs calculs, jouent à ne pas savoir qu’ils contribuent à la destruction du Togo des valeurs.

 Ceux qui ont signé l’APG, savent-ils aujourd’hui que ce sont des perles, des vies précieuses, des valeurs républicaines, qu’ils ont jetées aux pourceaux ? Et combien de perles précieuses de ce Togo seront encore jetées aux pourceaux, foulées au pied par des pourceaux, si nous ne nous réveillons pas et ne réagissons pas vite ?

Doit-on dire aussi que l’histoire de la Commission Vérité-Justice et Réconciliation „ est également dans l’enclos tout comme le reste des institutions de l’Etat, tout comme l’APG ? Comment peut-on attendre de gens qui entre eux-mêmes ne se tolèrent que lorsqu’ils sont menacés de l’extérieur de la famille, qu’ils nous conduisent à la réconciliation nationale ?

Peut-être iront-ils demander au cadavre du père, la prochaine fois qu’ils entreront dans le caveau, si toutefois ils y entrent ensemble et que l’un n’en confisque pas la clé, les recettes pour devenir réconciliateur professionnel, tout en massacrant tranquillement les « autres », c’est-à-dire qui on veut. Réconciliateur professionnel, c’est bien ce qu’était le père ! Et ceux, aujourd’hui ministres, officiers, magistrats, députés… qui servent la famille dans tel ou tel camp, sont-ils seulement conscients que demain, ils peuvent simplement être classés ou rejetés dans la catégorie des « autres » ? Je ne citerai pas d’exemple. Mais que l’on prenne garde !

Nous avons affaire à un système qui ne mérite qu’une chose : qu’on le combatte, jusqu’à sa destruction totale !

Quoi qu’il en soit, même si nous sommes conscients que la solution ne viendra pas de l’élection de 2010, nous avons le devoir de ne pas nous laisser tous enfermer dans l’enclos à cochons.

 Nous avons le devoir d’agir, le devoir de nous entendre au sein de l’opposition, le devoir de mobiliser le peuple hors de l’enclos pour détruire l’enclos. Nous avons notre bataille : c’est la bataille contre l’enclos à cochons. C’est à cela qu’un mouvement comme le MFAO invite les Togolais désabusés par les habitudes de l’enclos.

 

Sénouvo Agbota ZINSOU


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