Dr Hospice COCO : Un exceptionnel modèle de probité et de fidélité à un idéal.

13 05 2009

le  docteur Hospice Imoru Dominique Abou COCO fut un exceptionnel modèle de probité sur tous les plans : professionnel, politique, personnel et bien d’autres. Il dit ceci dans son autobiographie :

 « Sylvanus OLYMPIO je témoigne ! »

 Le Togo est mon pays. Du sang togolais coule dans mes veines. J’y vis depuis 1923. Je lui ai consacré tout mon enthousiasme et an ai retiré les précieuses satisfactions d’une carrière dont la finalité est le bien du prochain. J’ai participé aux luttes de son peuple.   J’y ai assumé de hautes responsabilités politiques. Je veux lui témoigner ma gratitude. Au moment où certains s’évertuent à vouloir réécrire son histoire à coups de falsification, ma gratitude se veut témoignage de la vérité. 

Le Togo est mon pays

 Je suis né le 18 mai 1902 à Cotonou, d’Abou Dominique Coco et de Agnès Gustave Haussmann. Cotonou était alors une ville cosmopolite dès le début et où dominaient alors les ethnies fon, popo et mina. Parmi ces derniers, figuraient des représentants de familles renommées d’Aneho et de Porto-Seguro (Agbodjan, Ajavon, Akue, d’Almeida, Creppy, Domlan, Gaba, Houedakor, Johnson, Mensah, etc), qui occupaient de hautes fonctions principalement dans le commerce (agence, gérance, boutique). Il y avait aussi de nombreuses familles d’employés de tous genres et d’ouvriers hautement qualifiés.

 Leurs enfants, nos camarades de classe, nous répétaient les propos qu’échangeaient leurs parents sur les merveilleuses réalisations de la colonisation allemande à Lomé et à Aneho. Notre juvénile enthousiasme était, cependant, un peu tempéré par le récit des châtiments corporels (25 coups de fouet sur les fesses) qui sanctionnaient les délits mineurs.

 Par ailleurs, mon papa Abou Dominique Coco, contremaître au wharf de Cotonou, était chargé du recrutement bisannuel des cannotiers assurant le déchargement et l’embarquement des passagers et des cargaisons des bateaux. Et pour ce, il se rendait tous les six (6) mois à Grand-Popo et il lui arrivait, de temps en temps, de pousser jusqu’à sa ville natale Aneho, pour rendre visite à ses cousins maternels Domlan, Gaba, Ajavon, etc. A son retour, il ne manquait pas de faire à ses amis le récit de son voyage que nous écoutions attentivement.

 Mon père Abou Dominique Coco naquit à Aného au quartier Manyan vers 1872 d’un père yoruba et d’une mère née Domlan. Mon grand-père paternel Assani naquit à Oyo (Nigeria) de Ali-Dodo Ndawa descendant direct du royaume yoruba d’Oyo. Pour ne pas entrer en concurrence avec leur père, Assani et son frère jumeau Osseni durent s’expatrier à Accra (Gold Coast). Mon grand-père Assani vint ensuite s’installer à Aného chez le prêtre-féticheur Amavi Domlan dont il épousa plus tard l’aînée des filles, Amêlé, mère de Abou Dominique Coco.

 Ma mère Agnès et son frère cadet Gustave Baruncio sont nés de Jérôme Gustave Haussmann et de Wlanvi Zossoungbo du quartier Sogbadji à Ouidah (Dahomey aujourd’hui Bénin). Mon grand-père maternel Jérôme était fils unique, au Dahomey, du baron Gustave Haussmann qui aurait été un négrier.

 C’est pour mieux connaître le pays natal de mon père que je suis venu servir au Togo qui me faisait tant rêver quand j’étais jeune. 

Au service de la nation togolaise

 1°) – Sur le plan professionnel : 

 « Sorti major de la première promotion de l’Ecole de Médecine de Dakar, j’avais le droit de choisir la colonie ou le territoire de mon affectation.

 J’optai pour le Togo, alors territoire sous-mandat de la France, par le besoin de resserrer les liens familiaux et de vivre les fascinations des images de ce pays reçues en mon enfance. Je débarquai à Lomé le 25 janvier 1923. J’ai pris fonction le 20 février 1923 à Atakpamé. »

 Le Docteur Hospice Dominique Coco a été et demeure une figure légendaire parmi les anciens élèves de l’Ecole Africaine de Médecine et de Pharmacie de Dakar.

 C’est ainsi qu’il avait été invité à présider, le 27 juin 1953, aux côtés du fondateur de l’Ecole Africaine de Médecine et de Pharmacie de Dakar, le médecin général Le DANTEC, la sortie de la 32e et dernière promotion de cet établissement qui avait formé 501 médecins et 56 pharmaciens sans compter les très nombreuses sages-femmes et infirmières visiteuses. 

 2°) – Sur le plan politique :

 a) – Mes débuts politiques :

 « Succombant aux chimères de la politique coloniale d’assimilation, je postulai la nationalité française pour pouvoir jouir des droits et liberté des citoyens français. J’obtins ma naturalisation en 1929 (Décret du 29 novembre 1929).

 Mais, je n’en suis pas resté moins africain dans l’âme. C’est pourquoi tout ce qui advenait à mes compatriotes africains m’intéressait. Aussi, ai-je été révolté par la conclusion injuste et cynique de la Conférence de Brazzaville qui eut lieu du 30 janvier au 8 février 1944. Définissant les fins de l’entreprise coloniale française, la Conférence a proclamé « qu’il s’agit d’amener les indigènes à administrer progressivement leurs propres affaires, mais en aucun cas il ne saurait être question de self-government, d’autonomie interne ni, à plus forte raison, d’indépendance ».

 Dans le même temps où des Maghrebins, des Africains, des Malgaches et des Indochinois payaient de leur vie la conquête de l’indépendance et de la liberté de la France pour l’arracher à la dictature nazie, les colonialistes qui, eux, se prélassaient tranquillement en Afrique, sous prétexte de conserver l’empire colonial, décidaient froidement, en janvier 1944 à Brazzaville, que ces mêmes Maghrebins, Africains, Malgaches et Indochinois n’accèderaient jamais à l’indépendance dans leurs propres pays.

 Je me lançai dans la politique, d’une part, avec Sylvanus Olympio, dont par ailleurs j’étais le médecin de famille, et les nationalistes togolais et, d’autre part, avec un noyau de dahoméens (actuels béninois) qui œuvraient pour le mieux-être de leur pays. Ce groupe était composé de : Augustin Azango, Boniface de Campos, Victor Patterson, Emile Derlin Zinsou, Sourou-Migan Apithy… pour ne citer que les principaux.

 C’était avec ce groupe que les togolais s’étaient associés pour faire le choix des deux premiers députés aux Assemblées constituantes françaises de 1945 et de 1946 : le Révérend Père Aupiais pour le Premier Collège, Citoyen français, et Sourou-Migan Apithy pour le Deuxième Collège, Indigène.

 Lors de l’élection des députés à la première Assemblée nationale française instituée par la Constitution de 1946, le Togo devait élire ses propres députés : M. Siaut pour le Premier Collège et le Docteur Aku pour le Deuxième collège.

 L’élection, en 1947, des membres de la première Assemblée représentative du Togo vit la victoire de la liste nationaliste conduite par Sylvanus Olympio tant pour le Premier Collège que pour le Deuxième.

 L’Assemblée représentative comportait quatre commissions : les commissions administrative, budgétaire et sociale, qui se réunissaient pendant le cours de l’Assemblée plénière et une commission permanente qui siégeait pendant les vacances de l’Assemblée.

 Sylvanus Olympio fut élu président de cette Assemblée. J’y étais élu parmi les membres du Premier Collège. Je fus rapporteur de la commission du budget et, beaucoup plus tard, président de la commission permanente par suite des nombreuses occupations et des empêchements de Sylvanus Olympio. Cela dura de 1947 à 1951. 

 b) – Représailles contre ma personne :

 « Ma participation à la lutte du peuple togolais pour la liberté et l’indépendance aux côtés de Sylvanus Olympio et des nationalistes constituait, il faut le reconnaître, un affront à l’administration française et ne pouvait demeurer trop longtemps impunie.

 Il fallait se débarrasser de moi. L’administration coloniale profite d’un congé dont je bénéficiais pour décider de ma mutation après trente ans de service ininterrompu au Togo. Par arrêté ministériel du 23 mai 1953, j’étais remis à la disposition du Haut Commissaire de la République en AOF qui allait m’affecter par la suite au Dahomey (aujourd’hui Bénin) par l’état d’affectation du 13 juin 1953.

 Ma mutation hors du Togo avait expressément été demandée par le Haut Commissaire de la République au Togo, le Gouverneur Péchoux, surnommé « le spécialiste de la répression coloniale ».

 Le motif invoqué a été : manque de respect et tenue de propos injurieux – sans autres précisions – à l’égard du Haut Commissaire Péchoux, alors chef du territoire…

 Qu’on en juge. A l’époque, trois postes de médecin africain étaient définitivement vacants au Togo…

 Devant cette injustice flagrante, je refusai de rejoindre mon nouveau poste et, pour éviter toute tracasserie administrative, je démissionnai du cadre des médecins le 6 novembre 1954 pour pouvoir ouvrir un cabinet privé… A l’époque, je ne pouvais prétendre à une retraite anticipée.

 Mes fonctions de ministre des Finances et des Affaires Economiques dans le gouvernement togolais me fournira l’occasion de constater que mon indice salarial était encore inférieur à ceux de tous mes collègues plus jeunes dans la carrière : leurs indices variaient de 2 310 à 2 650 alors que mon indice à moi était de 2 090 pour trente trois ans cinq mois et vingt-quatre jours de carrière.

 Je considérai cela comme un hommage rendu à ma qualité de combattant de la liberté… 

 c) – Au gouvernement :

 « Après la victoire des nationalistes aux élections législatives du 27 avril 1958, placées sous le contrôle des Nations Unies, Sylvanus Olympio fut pressenti par le Gouverneur Spénale, Haut Commissaire de la République française au Togo, pour devenir le Chef du gouvernement du Togo.

 En formant son cabinet, Sylvanus Olympio me demanda d’en faire partie. Pour moi, la victoire des nationalistes devait inévitablement conduire à l’indépendance le Togo et, par voie de conséquence, les autres colonies françaises.

 Ainsi mon souhait le plus cher serait réalisé. Je ne croyais plus avoir un rôle politique à jouer dans ce pays. Par ailleurs, mon cabinet médical privé était en plein essor et il me faudrait abandonner toute une vaste clientèle qui avait confiance en moi.

 Mais après avoir mûrement réfléchi, et surtout à cause de notre longue et vieille amitié, j’acceptai de continuer la lutte avec lui. Je fus donc nommé ministre du Commerce et e l’Industrie, du Plan et du Développement, de 1958 à 1961…

 En 1961, soit un an après l’indépendance du Togo, la confiance de Sylvanus Olympio me plaça à un poste clé dans son gouvernement : je fus nommé ministre des Finances et des Affaires Economiques.

 J’optai pour la nationalité togolaise le 15 septembre 1961.

 Farouchement décidé à consolider l’indépendance du Togo, Sylvanus Olympio s’était attaché à conduire son pays à l’autonomie financière, garantie de la liberté de ses options politiques et diplomatiques, garante aussi de l’orientation de ses investissements dans l’intérêt national.

 Dans cette orientation, il géra les finances publiques avec une rigueur et une austérité qui permirent rapidement d’autofinancer les dépenses de fonctionnement de l’appareil étatique, mettant fin à l’humiliante pratique de recours aux subventions de l’ex-puissance administrante tout en libérant des ressources pour le budget d’équipement et d’investissement.

 L’œuvre devait être couronnée par l’institution d’une monnaie nationale togolaise : le franc togolais.

 Sylvanus Olympio ne rêvait-il pas de faire du Togo une place financière ?

 Au plan interafricain, conscient qu’on ne pouvait concevoir de faire du petit Togo un pays isolé du contexte régional auquel tant d’affinités le liaient par ailleurs, notre gouvernement ne resta pas étranger aux efforts entrepris pour l’édification d’une union africaine que Sylvanus Olympio voulait fraternelle, libre et respectée. Aussi dira-t-il : « Uni, tranquille, prospère, le peuple togolais se sentira plus fort pour entreprendre avec les autres peuples d’Afrique, cette grande œuvre d’union fraternelle qui doit faire de ce continent qui est nôtre, un pays effectivement libre et désormais respecté… »

 Traduisant cette conception en acte, Sylvanus Olympio jettera avec Tafawa Balewa, alors premier ministre de la République fédérale du Nigeria, au cours de leur historique rencontre à Lomé, les bases de la future Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

 Sylvanus Olympio devait se rendre en visite au Liberia le 14 janvier 1963 pour discuter avec son hôte libérien le projet d’union économique régional que ses homologues du « groupe » dit « de Monrovia » lui avaient demandé d’élaborer.

 Moi-même je devais, à son retour de Monrovia, me rendre en France pour parapher le nouvel accord monétaire instituant le franc togolais.

 Le 13 janvier 1963 à l’aube, Sylvanus Olympio était assassiné. Peu après, le ministre d’Etat, M. Paulin Freitas et moi-même étions arrêtés devant l’Ambassade des Etats-Unis et incarcérés au camp de la gendarmerie de Lomé dans une cellule d’environ 2m sur 1m… où d’autres devaient nous rejoindre dans la journée.

 A ma sortie en avril 1963 du camp RIT où nous avons été transférés, je retournai à ma première passion : soulager les vies humaines. Je m’occupai à nouveau de ma clinique privée « La Pitié », à Lomé jusqu’à ce que les forces physiques ne me permettent plus de poursuivre cette noble charge. C’était en 1984.

 Ablode ! Ablode ! Ablode ! »

 Le Dr Hospice Imoru Dominique Abou COCO est mort le 21 juillet 1995 à Lomé, dans sa 94e année et a été inhumé au Cimetière de la Plage, dans la même capitale.

 Comme le dit en conclusion le faire-part annonçant son décès : « … il nous laisse l’exemple d’une vie sans compromissions, une vie de fidélité à un idéal, une vie sans d’autres ambitions que celle de servir dans la simplicité et la générosité. »


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