La liberté de presse menacée par le silence de ses défenseurs

5 01 2010

(etonam A.A.)

Lettre ouverte

de Etonam AKAKPO-AHIANYO, Secrétaire à l’Information et Porte-parole de l’UJIT

         La liberté de presse menacée par le silence de ses défenseurs

    A

                             Monsieur le Secrétaire Général de

                                                 l’Union des Journalistes Indépendants du Togo

                                                               (UJIT)

                                                               Lomé-Togo

Monsieur le Secrétaire Général,

A l’orée de cette nouvelle année, il me plaît avant toute chose de vous présenter mes vœux de santé et de bonheur. Puisse le Tout puissant aider la presse togolaise à relever les nombreux défis qui l’attendent, surtout lors des prochaines échéances électorales.

Je viens par la présente vous manifester une fois de plus ma désapprobation vis-à-vis de la manière dont vous conduisez les affaires de notre association. La culture du silence que vous entretenez face aux entraves à la liberté de presse et votre refus de convoquer une réunion du Bureau Exécutif pour en débattre me forcent à venir à vous par le biais de cette lettre ouverte.

Je voudrais vous rappeler qu’à force de nous taire sur les entraves dont la presse est l’objet, nous finissons par constituer une véritable menace à l’exercice même de la liberté de presse au Togo. L’élection présidentielle en vue constitue  un enjeu crucial pour la presse qui doit travailler en toute liberté. En ma qualité de Porte parole de l’UJIT, je ne pourrais cautionner que les journalistes togolais aillent jouer leur rôle sur le terrain, la peur au ventre, sans avoir confiance que leur association prendrait leur défense en cas de besoin. Il est donc impérieux de rétablir la confiance au sein de la corporation. C’est pourquoi il m’a semblé judicieux de rompre le silence.

En nous confiant les rênes de l’Association en Aout 2008, nos confrères nous chargeaient de la noble mission de promouvoir et défendre la liberté de presse comme le stipulent les statuts de l’UJIT. Si nous avons été tous à l’avant-garde de la lutte ayant abouti à la relecture de la loi organique du 30 octobre 2009, j’avoue ne pas comprendre votre relâchement qui fait voler en éclat l’union sacrée dont la corporation avait fait montre. Nos confrères nous taxent aujourd’hui d’être sous les bottes du pouvoir et il est temps de les convaincre du contraire.

Trois événements sur lesquels nous sommes restés silencieux me tiennent particulièrement à cœur.

-Le 7 décembre 2009, six journalistes, qui ont fait le déplacement du marché de Hédzranawoé pour couvrir une manifestation des commerçants, ont été tous arrêtés par les forces de l’ordre et gardés une heure durant, avant d’être relâchés. Un des journalistes, Isidore Sassou Akollor a même été brutalisé, trainé sur plusieurs mètres et avait vu son appareil photo confisqué avant de lui être restitué. Dans l’histoire de la presse indépendante au Togo, c’est la toute première fois que les journalistes qui ont effectué le déplacement pour couvrir une manifestation ont tous été arrêtés. Malgré mon insistance pour dénoncer cette entrave à la liberté de presse, l’UJIT est restée silencieuse.

-Le 16 décembre 2009, neuf jours plus tard, le tri-hebdomadaire togolais « Golfe Info » a été condamné par le Tribunal de première instance de Lomé à verser 80 Millions de Fcfa de dommages et intérêts, 1,5 million de Fcfa d’amende et deux mois de suspension de parution pour « diffamation » dans l’affaire l’opposant à l’Agence nationale de renseignement (ANR). Alors que Reporters Sans Frontières à promptement dénoncé cette condamnation qu’il a qualifiée de record, l’UJIT est à nouveau restée silencieuse.

-Le 19 décembre 2009, Didier Ledoux, journaliste au quotidien privé « Liberté » a été interpellé alors qu’il couvrait au quartier Bè, une manifestation du Mouvement Citoyen pour l’Alternance. Trimballé, selon ses propos, comme un bandit de grand chemin, le journaliste a déclaré avoir reçu un coup de matraque dans le dos et essuyé des propos des forces de l’ordre du genre : « aujourd’hui, on t’a pris. Fais ce que tu peux. Nous, on va te frapper et rien ne va se passer ». «  Toi, on te connait bien. Fais encore clown et tu verras de quoi nous sommes capables. » Face à cette situation, l’UJIT est pour une énième fois encore restée silencieuse.

Une culture du silence pourtant contestée

Vous savez qu’au sein du Bureau Exécutif, ce silence répété est loin de faire l’unanimité. J’ai attiré votre attention sur l’extrême nécessité de dénoncer l’agression et l’arrestation dont nos confrères ont été victimes le 7 décembre 2009. Mais vous avez estimé avec d’autres membres du Bureau, en particulier le Secrétaire Administratif, qu’il ne fallait pas donner l’impression qu’à chaque fois, nous voulons agiter l’opinion et que les autorités sauront faire preuve de bonne foi pour que de tels actes ne se reproduisent. N’étant pas convaincu, et l’avenir m’a donné raison, je vous ai tout de même averti que notre silence allait créer un dangereux précédent au sein de la corporation.

Alors que j’étais en déplacement à Ouagadougou lorsque j’ai appris la condamnation du journal « Golfe Info », je vous ai immédiatement écrit un mail dans la matinée du 18 décembre titré « quelle action pour Golfe Info » . Dans ce mail, je vous invitais à adopter toute réaction sauf le silence. Vous n’avez même pas daigné me répondre. Et vous êtes restés silencieux.

Le 19 Décembre 2009, quelques heures après l’agression de notre confrère Didier Ledoux, je vous ai encore écrit depuis Ouaga pour attirer votre attention sur le fait que cette agression mettait l’UJIT dans une position délicate. Etant donné que nous nous sommes tus sur les événements du 7 décembre, nos confrères auraient raison de dénoncer une politique de deux poids deux mesures de notre part. Toutefois, je vous ai suggéré d’user de tact pour condamner les deux événements. Vous êtes une fois encore resté silencieux. J’ai néanmoins fini par apprendre de notre Secrétaire Administratif, Zeus AZIADOUVO que  mes suggestions ont été pris en compte et que vous avez décidé de publier un communiqué dans lequel vous allez saisir l’occasion pour condamner les actes du 7 décembre 2009. Ce communiqué, est toujours attendu. Et le silence continue.

Au passage, nous avions rédigé avant mon départ pour Ouaga, un communiqué pour rectifier celui que vous aviez rendu public à l’insu des membres du Bureau Exécutif et dans lequel vous autorisiez sans que cela ne relève de notre compétence, le journal « Focus Infos » à reprendre sa parution nonobstant l’interdiction d’une décision de justice.

A mon retour de Ouaga, nous avions échangé au téléphone et vous aviez promis de me faire signe pour qu’on puisse se rencontrer. Depuis lors, j’attends. Face à mon insistance, vous avez pris la résolution de ne plus répondre à mes appels et SMS. Néanmoins, je n’ai cessé jusqu’à la fin de 2009, de vous rappeler par SMS, la nécessité de convoquer une réunion pour discuter de la vie de l’Association et surtout de notre silence vis-à-vis des événements qui ont cours dans la corporation.

Aux membres du Bureau de l’UJIT                  

Tout en réaffirmant que le but de cette  lettre ouverte n’est nullement de jeter du discrédit sur la personne du Secrétaire Général de l’UJIT et ses pairs, je ne puis toutefois, m’empêcher de rappeler à mes collègues du Bureau Exécutif que l’heure du bilan approche. Dans un peu plus de six mois en effet, nous serons appelés à rendre compte de notre passage à la tête de l’Association. Nos confrères journalistes nous attendent au tournant. Et à défaut d’achever avec brio notre mandat, nous nous en sortirons au moins la tête haute, si l’Assemblée Générale nous critique d’avoir failli sur tout, sauf la promotion et la défense de la liberté de presse, l’essence même de notre mission.

Il nous appartient désormais de remettre au plus vite les pendules à l’heure. Pour ce faire, toutes nos actions doivent s’inscrire dans la droite ligne des principes fondateurs de l’UJIT qui se veut une association dédiée à ‘’la défense des intérêts matériels et moraux des journalistes de la presse indépendante et la lutte pour la liberté de presse’’. Il est impérieux que les destinés de l’Association reviennent réellement entre les mains de ceux que l’Assemblée Générale a dûment mandatés pour diriger l’UJIT.

Publier des communiqués à l’insu des membres du Bureau, se servir comme prétexte de la consultation des autres associations de presse locales pour finalement empêcher la matérialisation des décisions du Bureau de l’UJIT sont autant de pratiques avec lesquelles nous devons rompre. Il nous faut mettre en place des mécanismes favorisant la prise de décision collégiale sur tous les sujets touchant la vie de l’Association et garantissant une prompte réaction de notre part à chaque fois que la liberté de presse serait entravée. Nous devrons redoubler d’ardeur et faire preuve d’un dévouement sans borne à prendre à bras le corps les problèmes de la corporation.

Nous devons inéluctablement revenir sur les agressions et arrestations de journalistes sur lesquelles nous sommes restés silencieux en décembre 2009 et jouer, pendant qu’il est encore temps, le rôle qui nous revient en qualité de défenseurs de la liberté de presse dans le dossier « Golfe Info ». Si le sort des journalistes de cette rédaction qui risquent de se retrouver au chômage doit nous interpeller, il urge par-dessus-tout de mettre en place une synergie d’actions pour empêcher que la condamnation exagérée et à fort relent politique dont « Golfe Info » est l’objet ne fasse jurisprudence et devienne malheureusement ‘’la nouvelle arme de musellement de la presse’’ au Togo.

Appel aux membres de l’UJIT

J’en appelle à tous les journalistes membres de l’UJIT, ceux qui à tord ou à raison ont pris des distances vis-à-vis de l’Association de même que ceux qui l’accompagnent, à aider le Bureau Exécutif à sortir de sa torpeur et à se repositionner dignement autour de l’objectif cardinal de l’Association qui est et demeure la promotion et la défense de la liberté de presse.

Je m’en voudrais énormément de manquer de témoigner ma gratitude aux organisations de presse étrangères en l’occurrence Reporters sans frontières, Media Foundation, IFEX, l’UJAO et toutes les bonnes volontés qui se sont mobilisées pour défendre les intérêts de la presse togolaise  d’une part, lors de la lutte ayant abouti à la relecture de la Loi organique du 30 octobre 2009 et d’autre part en décembre 2009 où l’UJIT s’est malheureusement engouffrée dans un mutisme assourdissant. Je souhaite vivement que ces organisations  de presse continuent de nous accompagner sur le chemin de la promotion et la défense de la liberté de presse au Togo.  

J’exhorte, par la même occasion, les partenaires de l’UJIT parmi lesquels la Fondation Friedrich Ebert, l’UNESCO, l’OIF et la FIJ à bien vouloir ne pas lui tourner le dos à la lecture de cette lettre ouverte. L’Association traverse certes une phase décisive de son histoire mais elle s’en sortira à coup sûr grandie et mieux repositionnée autour de ses objectifs. Tout particulièrement dans le cadre des élections présidentielles qui pointent à l’horizon, l’UJIT a plus que jamais besoin de ses partenaires  pour jouer le rôle capital qui est le sien.

Dans l’espoir que cette lettre ouverte rétablira la confiance au sein de la corporation pour un meilleur exercice du métier de journaliste, je vous prie d’agréer, Monsieur le Secrétaire Général, l’expression de mes salutations distinguées.

                                                  Fait à Lomé, le 05 Janvier 2010

                                                Le Secrétaire à l’Information et Porte-parole

 Etonam AKAKPO-AHIANYO

Ampliations

-Organisations de presse locales

-Organisations de presse étrangères

-Partenaires de l’UJIT

-Medias

Etonam AKAKPO-AHIANYO

Journaliste

Portable:              (00228) 915 58 24         (00228) 915 58 24

Email: etonamahianyo@yahoo.fr

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