Les Européens disaient vouloir sortir le Togo de la crise; ils l’y ont enfoncé au contraire.

10 05 2010

(patrick Spirlet)

Les Togolais auraient pu, au lendemain de la présidentielle de mars 2010 et de la prestation de serment d’un président de la République nouvellement investi par la Cour constitutionnelle, pousser un ouf de soulagement et tirer leur révérence à l’Union Européenne tout en rendant grâce à Dieu. Si ce n’est pas le cas et si les Togolais sont restés sur leur soif et demeurés dans la crise après un si long chemin parcouru depuis la signature des 22 engagements en avril 2004, engagements ayant cependant pour finalité de sortir progressivement le pays de sa longue crise politique, en passant par la signature d’un certain accord politique global (APG) en août 2006, cela est dû à une certaine duplicité incontestable de l’Union Européenne qui dit une chose et fait son contraire. Ce que nous dénonçons sans mettre des gants.

Il faut rappeler que depuis 1993, pour cause de déficit démocratique, de bonne gouvernance et de violations massives des droits de l’Homme de la part des autorités, l’Union Européenne avait été obligée de suspendre sa coopération avec le Togo et partant, son aide en dehors de celles à caractère humanitaire, telle que la santé. Si l’on essaie de revoir aujourd’hui la facilité de la reprise de ladite coopération ainsi que l’euphorie que cela avait suscité en le diplomate belge Louis Michel, comme s’il en était le principal bénéficiaire, il n’y a pas à être surpris de la suite des événements qui renvoient le Togo à la case départ aujourd’hui, plus de deux mois après la présidentielle sur laquelle de nombreux Togolais fondaient leurs espoirs à tort ou à raison.

Avant toute chose, nous tenons à apporter une précision. Si nous reprochons à l’UE une certaine responsabilité ou complicité dans le statu quo actuel, l’actuel Chef de la délégation de l’Union Européenne dans notre pays est en droit de se sentir touché, étant membre de la maison UE. C’est pourquoi nous voulons bien préciser que les carottes étaient bel et bien cuites avant son arrivée au Togo. Pour cela, nous ne lui reconnaissons aucune complicité avec le Pouvoir en place contre le peuple dans ce processus biaisé et donc, aucune responsabilité. L’homme à qui le peuple doit en vouloir c’est bien son prédécesseur, Filiberto Sebregondi, l’actuel chargé de la région ouest africaine.

Sebregondi fut l’homme qui aura été témoin de presque tout, depuis la signature de l’APG jusqu’au processus de sa mise en œuvre à tâton. Tout en lui traduisait une complicité avec le pouvoir RPT et ses déclarations au moment de quitter le Togo en disaient long sur son indifférence par rapport à tous les appels que lançait de 2007 à 2009 la presse privée en direction de l’Union Européenne par rapport à une véritable implication de l’institution dans la résolution de la crise politique togolaise. Les attitudes de l’ex-chef de la délégation de l’UE au Togo, de la signature de l’APG, aux législatives jusqu’à son départ du Togo en 2009 n’étaient pas éloignées de celles de l’ex-commissaire européen au développement et à l’action humanitaire.

Tout compte fait, il faut reconnaître que « l’Union Européenne » n’est pas une entreprise privée fondée par Louis Michel. Mais à y voir de près, on a l’impression que l’UE est une entreprise ou une société fondée par celui-ci ou une société dans laquelle le Belge Louis Michel détiendrait la plus grande action et donc, une société où il se permet de s’imposer à tous et d’en faire à sa guise. On s’est longtemps étonné de tant de liberté que se donnait ce monsieur dans ses déclarations dans lesquelles il faisait la part belle au Pouvoir sans réserve ni retenue, oubliant que l’UE pour le compte de laquelle il agissait, a en face d’elle deux protagonistes d’une crise qu’un diplomate doit ménager.

Que Sebregondi et son patron Louis Michel aient eu presque les mêmes comportements à l’égard du régime contre l’Opposition togolaise, qu’ils aient eu la facilité, sans la moindre gêne, à s’afficher ouvertement en faveur du Pouvoir, pas une fois, pas deux fois, mais du début jusqu’à la fin, en narguant l’Opposition et les populations, cela pose le problème du sérieux de ces Blancs vis-à-vis des populations africaines. Cela met en doute le sérieux de l’Union Européenne qui aime à donner l’impression qu’elle soutient le développement des Etats africains dans le cadre de la Convention ACP/UE.

L’UE ne soutient pas les populations africaines. Elle ne veille pas à ce que les ressources africaines profitent aux pauvres populations africaines, mais uniquement aux chefs d’Etat africains et à leurs gouvernements qui mettent systématiquement leurs nations en coupe réglée au détriment des administrés, et ainsi, par le biais des réseaux maffieux, les Européens ne devraient pas manquer d’avoir leurs parts du « gâteau africain ». Donc, n’étant pas sûrs que ceux qui viendraient aux commandes au Togo leur seraient favorables, les Européens préfèrent jouer sur l’adage : « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ». C’est ce que nous croyons.

Comment peut-on croire que les Européens qui ont prévu d’investir 9 millions d’Euro (6 milliards de nos francs) dans la dernière présidentielle et les ont investis effectivement, puissent se méprendre tant du facteur crédibilité des élections que préparait à grand renfort de fraudes de toutes sortes le pouvoir en place et dont l’UE était bien au parfum, mais s’était abstenue de peser dans les préparatifs, pour laisser pourrir la situation jusqu’à des résultats contestés aujourd’hui encore ?

Il est étonnant qu’au lieu d’aider les Togolais à préparer de bonnes élections réellement transparentes pour une fois, et s’impliquer en tant que UE pour voir la possibilité de repousser considérablement la date des élections dans le seul but d’éviter d’autres crises nées d’élections, l’UE s’était permise de parler de méthodologie propre à l’institution et de non ingérence dans les affaires togolaises. Cela s’appelle de l’hypocrisie, de la duplicité et de la complicité passive de la part des Européens. Pendant qu’on y met son argent, on trouve qu’il faut les laisser aller aux élections et ensuite on présentera un rapport. Et cela change quoi à la fin, messieurs les Européens ? Nous n’osons pas aller jusqu’à parler d’irresponsabilité.

Voilà comment l’Union Européenne gruge les populations africaines en qui elles avaient l’habitude de mettre leurs confiances pour les sortir des griffes des pouvoirs prédateurs. En avril 2004, les Européens avaient prétendu aider les Togolais à sortir de la crise par la signature des fameux 22 engagements. A quoi auront donc réellement servi ces engagements ?

Certainement, de la poudre aux yeux. Et l’on peut même dire que finalement cela a tout l’air d’une combine entre l’UE et le régime, surtout si l’on observe de près l’euphorie et la prise ouverte de position de Louis Michel à un moment donné au profit du pouvoir togolais. Lui, le diplomate qui devrait s’efforcer à un minimum de neutralité et de retenue ! Et qui aura suivi attentivement le degré de respect de l’application des engagements avant la reprise de la coopération, découvre bien des failles et l’on a l’impression que les choses avaient été faites à la va vite. L’essentiel pour l’UE n’aurait-elle pas été de faire plaisir au pouvoir togolais ? Les Togolais attendent de voir quand l’UE programmera le prochain dialogue pour la nième sortie de crise des sales nègres. Affaire à suivre.

source: www.libertetg.com

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