Abass Bonfoh dans de beaux draps, la société civile saisit Mme Navi PILLAY, Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.

5 10 2010

Mémorandum des organisations de la société civile

A

Madame la Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme,

S/c Bureau du HCDH, Lomé TOGO

Madame la Haut Commissaire,

Les organisations de la société civile togolaise regroupées au sein du Mécanisme de coordination de la Société Civile viennent, par la présente, vous exprimer leur gratitude pour les actions que les Nations Unies en général et le Haut Commissariat aux Droit de l’Homme en particulier mènent depuis quelques années pour le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques au Togo.

Elles se souviennent surtout que, suite aux évènements dramatiques que le Togo a connus en 2005, vous aviez envoyé dans le pays une mission d’établissement des faits qui, dans son rapport, a relevé à cette époque des cas de décès dont le nombre se situe entre 400 à 500 morts. A la suite du rapport établi par cette mission et, dans le souci de s’assurer que les conditions étaient crées pour que les actes de violations de droits de l’homme cessent dans le pays, votre institution a jugé utile d’ouvrir un Bureau à Lomé. Depuis son installation en 2006, ce Bureau a ainsi offert un accompagnement aux autorités togolaises, à la Commission Nationale des Droits de l’Homme et surtout à la société civile dans le sens du renforcement de leurs actions de défense et de promotion des droits de l’homme ainsi que dans la lutte contre l’impunité. Dans ce dernier sens, elle a accompagné de façon efficace le processus des Consultations nationales ayant abouti à la mise en place de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation.

Toutes ces interventions ont été bien appréciées par la société civile togolaise et particulièrement par les organisations membres de notre Mécanisme.

Alors que le processus de justice transitionnel piloté sous la coupe de la Commission Justice et Réconciliation suit actuellement son cours, les organisations de la société civile ont été surprises d’apprendre que, dans une interview accordée au bimensuel « Tribune d’Afrique » dans sa parution N°0076 du 16 septembre 2010, le Président de l’Assemblée Nationale togolaise, M. Abass Bonfoh, répondant à une question du journaliste sur les tueries observées dans le pays en 2005, a déclaré : « même quand vous racontez qu’il y a eu des morts au Togo, quels morts, où ont-ils été enterrés et qui s’en était plaint ? Ce ne sont que des histoires auxquelles je ne crois pas, parce que je n’ai rien vu de la sorte, pas un seul mort (…). Qu’on nous montre les morts ou les fosses communes dans lesquelles ils sont enterrés. Je n’ai vu aucun cadavre… ».

Par la suite, le journaliste lui a rappelé qu’une Commission nationale d’enquête indépendante a établi les cas de décès. Mais malgré ce rappel le Président de l’Assemblée continua en ces termes : «  c’est d’ailleurs vous qui m’apprenez qu’une commission du gouvernement avait reconnu des centaines de morts. Cette affirmation vous engage ». Et le Président de l’Assemblée de poursuivre que le rapport attestant qu’il y a des morts n’émane que «  des associations qui ne sont pas représentées au Togo ».

Madame la Haut Commissaire,

Comme vous pouvez le constatez, ces déclarations tendent à nier des faits douloureux qui ont été établis non seulement par votre institution mais aussi par beaucoup d’autres organisations nationales, régionales et internationales de défense des droits de l’homme.

Pour les organisations membres de notre Mécanisme, elles relèvent du négationnisme dont on sait la portée dans d’autres contextes historiques. Suite donc à ces propos, les organisations de la société civile togolaise, tout en saluant les efforts que vous menez actuellement pour la réussite du processus de justice transitionnelle :

 réaffirment leur détermination à tout mettre en œuvre pour que l’histoire du Togo ne fasse l’objet d’aucun discours révisionniste ;

 exigent la démission pure et simple de l’actuel Président de l’Assemblée Nationale ;

 entendent mobiliser les moyens pour assurer le monitoring des actions menées pour la réconciliation et la lutte contre l’impunité dans le pays ;

 se déclarent disposées à veiller à ce que de réelles garanties de non répétition des actes graves de violations de droits de l’homme soient offertes à la population.

Elles ont convenu de vous adresser le présent mémorandum afin de vous demander solennellement que les Nations Unies prennent leurs responsabilités et interviennent auprès des autorités togolaises pour que les suites appropriées soient réservées à ces propos venant de la deuxième personnalité de l’Etat, qui, faut-il le rappeler, occupait, à l’époque des faits, les fonctions de Président par intérim.

Elles vous remercient d’avance des suites que vous voudrez bien réserver à ce mémorandum.

Fait à Lomé le 04 octobre 2010

Pour les organisations membres du Mécanisme.

Le Coordinateur,

Rév-Père Yog Eoi Lambon

Ampliation :

Présidence de la République du Togo

Organisations internationales

Ambassades accréditées au Togo

Médias publics et privés

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