Les curieuses prises de position de l’UE au profit d’un régime vomi: A quoi jouent l’Union européenne et son représentant au Togo?

13 02 2011

(P. Spirlet)

Elle se présente comme un «partenaire technique et financier du Togo», le principal bailleur de fonds du pays. A ce titre, on la retrouve dans plusieurs domaines de la vie de notre pays. Sur les plans, social, économique, politique et particulièrement lors des grands enjeux électoraux, elle se rend très visible, donnant l’impression d’imposer son point de vue. Mais c’est également dans le domaine électoral que l’Union européenne, puisqu’il s’agit d’elle, ne rassure pas les Togolais. Pour beaucoup d’analystes, de par ses différents actes et agissements dans notre pays, elle ne servirait que de béquille à un régime Rpt chancelant et vomi par le peuple togolais. A la veille des fameuses élections locales, les déclarations suspectes de Patrick Spirlet, le chef de la délégation de l’UE, laissent beaucoup d’analystes confus. D’où la question, l’UE n’est-elle pas finalement un élément du dispositif de fraude du régime Rpt?

«…Manifester ne suffit pas. Il faut naturellement que la manifestation soit assortie d’une stratégie politique… Les partis politiques d’opposition ont, à mon avis, intérêt à s’intégrer progressivement dans un dialogue politique, d’une façon ou d’une autre, en dehors des manifestations, pour préparer les prochaines échéances électorales et participer au processus de reformes institutionnelles et constitutionnelles», ces propos sont signés de M. Patrick Spirlet. C’est à travers une interview que le diplomate a accordée à notre confrère Savoir news. Belle leçon n’est-ce pas? En tout cas, on comprend que la vague d’agitation qui secoue une partie de la scène politique togolaise a atteint les côtes de la représentation européenne à Lomé. Mais voyons, n’est-ce pas là encore, l’un de ces «services commandés» par qui on sait, pour une fois de plus tromper la vigilance du peuple?

Si l’on prête attention au fond de la pensée de notre diplomate aux propos curieux, il conditionne la réalisation des réformes à la participation de l’opposition au dialogue dit «inclusif». Mais, ce que M. Spirlet semble ignorer, c’est que les reformes nécessaires pour assainir le cadre politique et électoral togolais ont été à plusieurs reprises identifiées et n’attendent que d’être mises en œuvre. Seule la volonté manifeste du Rpt manque.

A y voir de près, les propos du diplomate en réalité n’arrangent que les intérêts du pouvoir togolais (sans surprise pour nombre d’observateurs) pour lequel son institution servirait depuis plusieurs années de caution. Combien de dialogues le Togo n’a-t-il pas connus et combien de fois le Rpt n’a-t-il pas prouvé qu’il est une formation qui ne respecte jamais la parole donnée, et qui n’a aucun égard pour les accords signés avec l’UE?

Il est de notoriété que les différents dialogues que notre pays a connus jusqu’à ce jour ne sont que des marchés de dupes organisés par le pouvoir avec l’appui de quelques institutions internationales où il compte de puissants lobbies (suivez notre regard). Ceci, juste pour faire croire à l’opinion internationale un semblant de «consensus» dont ces institutions en question se saisissent pour leur «business» au grand mépris de la volonté du peuple.

Avant de dialoguer avec quelqu’un en vue de parvenir à un accord, le minimum de préalable c’est la bonne foi et l’engagement des deux parties à respecter les termes de l’accord final. Voilà là où le Rpt ne remplit pas les conditions d’un parti avec lequel on peut dialoguer, en tout cas, à ce jour. Les exemples de sa mauvaise foi ne sont que légion. Le dernier accord dit APG est là. Le pouvoir s’en moque éperdument. Et «personne» n’est là pour lui mettre la pression. Il multiplie les initiatives pour confondre le peuple et pécher en eaux troubles. Il crée les cadres (CPDC, Comité de suivi, mission d’évaluation…) et aussi les conditions d’échec de ces espaces, sans que ceux qui pensent nous venir en aide, ne le leur fassent la remarque. Bref, Spirlet sait très bien que la participation de l’opposition à cet hypothétique dialogue «inclusif» à venir ne servira à rien. Et le fait que lui, il fasse la promotion de ce dialogue n’est que caution à un régime décadent et diversion. Son appel a quelque chose de sournois et de vicieux. En disant «l’opposition a intérêt à…», l’Union Européenne et particulièrement Spirlet tentent de présenter ceux qui contestent, légitimement d’ailleurs, l’opportunité de ce dialogue comme étant inconséquents avec eux-mêmes.

Au lieu de pousser le pouvoir (qui en a d’ailleurs les prérogatives, voire la responsabilité) à passer aux réformes institutionnelles et constitutionnelles, l’UE cherche à pousser l’opposition, qui incarne à ce jour les aspirations du peuple, dans un traquenard du Rpt, pour lui servir de caution à ce dernier.

L’UE, une béquille pour le Rpt?
Si beaucoup d’analystes estiment aujourd’hui que l’UE fait partie du dispositif de fraude du pouvoir, c’est dû au fond des déclarations et aux agissements de ses représentants dans notre pays. Avec l’appui d’un réseau dont les tenants sont bien connus à Bruxelles. Ce n’est un secret pour personne que par exemple le Belge Louis Michel, Commissaire européen, qui est un habitué des palais présidentiels des dictateurs africains est souvent accusé d’être de connivence avec ces dictateurs. Par ses propos, Patrick Spirlet, ressemble fort bien à ceux qu’on accuse de constituer des groupes d’intérêts au profit du pouvoir de Lomé.

Dans son discours, alors qu’il n’hésite pas à envoyer des piques à l’opposition en qualifiant par exemple de simple «jeu politique» l’attitude de ceux qui, ont déjà laissé entendre qu’ils ne s’associeront pas au dialogue, il prend le soin de ne pas égratigner le régime quarantenaire Rpt. Lorsque par exemple la question lui a été posée à savoir pourquoi la mise en place de ces réformes traîne, il recourt à ce qu’on peut appeler la langue de bois. «Oui, c’est extrêmement lent et c’est caractéristique de la scène politique togolaise: un manque de confiance très fort entre les forces politiques», a-t-il déclaré sachant pourtant très bien que c’est une situation qui est due à la mauvaise foi du clan qui s’est emparé du pouvoir depuis près de cinquante ans et qui use de subterfuges pour se maintenir, contre la volonté du peuple.

C’est le même diplomate qui, lors d’une interview au lendemain de la présidentielle, balayait d’un revers de main les flagrantes et graves violations des Droits de l’Homme dont le pouvoir s’est rendu coupable par les arrestations, les interdictions de manifestions, les bastonnades… «Disons qu’on n’a pas fait un constat aussi abrupt que celui-là. Il y a eu un certain nombre d’éléments qui posent question et que nous voulons discuter avec le gouvernement», s’est-il contenté de dire, s’empressant par la même occasion d’affirmer qu’ «il y a eu aussi d’autres qui sont plus positives, dont la libération des prisonniers qui ont été arrêtés durant le processus».

Une légitimité européenne pour une dictature
Aujourd’hui, si le système Faure Gnassingbé se prévaut d’une « légitimité », pourtant très contestée, ce n’est pas par rapport au fait que la majorité des Togolais se reconnaît en lui ; mais beaucoup plus parce qu’il est reconnu par une prétendue communauté internationale qui se résume souvent à l’Union européenne où il compte de «bons amis». Mais, l’UE est bien consciente que le processus était émaillé de graves «irrégularités et de dysfonctionnements». Cependant, voici comment le Français Spirlet au nom de l’organisation européenne qu’il représente ici, justifie sa reconnaissance des résultats. «Je me rappelle qu’à mon arrivée ici au mois d’octobre 2009, la principale préoccupation des Togolais et des partis politiques, c’étaient les violences de 2005, qu’elles ne se reproduisent plus dans un pays comme le Togo. Comme vous le savez, l’UE a investi dans la formation, dans l’équipement des forces de sécurité des élections. Et je crois que le résultat, c’est que le jour du scrutin, tout s’est passé dans le calme, qu’il n’y a eu aucun dérapage. On ne peut pas dire qu’il y ait eu de violences et je crois là que c’est un acquis énorme pour ce processus électoral présidentiel, si on le compare aux craintes qu’il y avait avant le démarrage du processus». Et c’est tout.

C’est quand même ahurissant et révoltant que des Européens qui se disent grands démocrates et qui se considèrent comme investis d’une mission civilisatrice de l’Afrique assimilent le fait que des élections se déroulent dans un calme précaire, à leur recevabilité. Et pourtant selon le «Manuel des missions d’observation électorales de l’UE», l’institution a clairement défini les critères de recevabilité d’une élection. Elle va jusqu’à indiquer que la terminologie «élections libres et transparentes» se révèle parfois inexacte et limitée pour qualifier une élection déroulée conformément aux normes démocratiques». Le document qui renferme les principes d’une observation électorale précise que la notion d’ «élections honnêtes» est plutôt indiquée «pour souligner le caractère général des critères permettant de juger si une élection reflète véritablement la volonté de l’électorat».

L’organisation européenne explique que «le terme d’élections honnêtes fait allusion à l’environnement global dans lequel se déroulent les élections. Il s’agit par exemple de savoir si: les mesures législatives établissant des principes de base sont transparentes et responsables, l’administration électorale est indépendante, impartiale, transparente et responsable, les libertés d’expression , d’association, de circulation et de réunion pacifique sont respectées, un système de recours judiciaire approprié et des mécanismes accessibles de résolution des litiges sont garantis, les règles de financement des campagnes offrent à tous un accès raisonnable aux fonds de campagne, un accès égal aux médias permet à tous les partis/candidats de transmettre leur message et les forces de sécurité n’imposent pas de restrictions abusives à certains partis/candidats».

Malgré tous ces critères hautement nobles contenus dans le document de l’UE, sur le terrain au Togo, c’est plutôt à une complaisance voire une compromission qu’on assiste. Même le minimum n’est pas observé. Mais l’UE qui pourtant se dit être attachée aux valeurs démocratiques, ne se prive de rien pour venir au secours d’un régime qui opprime son peuple. Avec les ressources du contribuable européen. Il suffit de jeter un regard sur la dernière élection de mars 2010, pour se convaincre de cette réalité.

Dans ses différents rapports, la Mission d’observation électorale de l’Union européenne a dû relever de flagrantes et nombreuses irrégularités malgré le langage diplomatique dans lequel ces rapports ont été rédigés. De l’accès inéquitable aux médias d’Etat à l’organisation du scrutin, en passant par le vote anticipé des forces de l’ordre émaillé de nombreuses fraudes, la délinquance qui a consisté à rejeter en dernières minutes le VSAT que les bailleurs ont chèrement mis à la disposition du pays, l’affaire du CESAL où le matériel informatique du FRAC a été emporté par des militaires, tout ceci s’est bien déroulé au vu et au su de l’UE qui, obligée (tellement c’était flagrant), l’a reconnu. Et pourtant, Patrick Spirlet n’hésitera pas à jeter à la figure des Togolais que le simple fait que le processus ait été paisible est suffisant pour que l’institution qu’il représente valide les résultats.

Désormais, les Togolais savent par quelle couleur identifier la représentation de l’UE dans notre pays et ses représentants. Avec ou sans l’UE, les Togolais doivent d’abord compter sur eux-mêmes, comme les Tunisiens et d’autres peuples qui ont réussi à révolutionner leurs anciennes réalités politiques. Un extrait de notre hymne ne dit-il pas: «Que viennent les tyrans ton cœur soupire vers la liberté, Togo debout, luttons sans défaillance, vainquons ou mourons mais dans la dignité…»?

Mensah K, L’Alternantive

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