Togo et Violation des droits humains : La communauté internationale est-elle complice ?

10 07 2011

Le pouvoir dictatorial de Lomé toujours dans sa logique de réprimer tous ceux qui refusent de  regarder  dans la même direction semble se reposer sur la complicité de la communauté internationale.

Si la grève dans les services hospitaliers publics est suspendue in extrémis à la suite de l’accord intervenu entre le syndicat des praticiens hospitaliers du Togo (SYNPHOT) et le gouvernement le 22 juin 2011, les autres foyers de tension sont toujours en ébullition. Les associations estudiantines notamment, le mouvement pour l’épanouissement de l’étudiant togolais (MEET) et l’union libre des élèves et étudiants du Togo et de la diaspora (ULEETOD) continuent de demander la démission du président de l’université, le professeur AHADJI NONOU, l’annulation de la décision inique de radier ADOU SEIBOU, le président du MEET, sans oublier les autres revendications académiques comme la réadaptation  du système licence- master- doctorat  (LMD)  et celles visant l’amélioration des conditions de vie des étudiants.

Face à la montée de la tension avec l’appel à manifester  des associations estudiantines et l’adhésion populaire des partis politiques de l’opposition, de la société civile et de l’ensemble de la population togolaise, le gouvernement après de vaines tentatives de déstabilisation de ce mot d’ordre à travers des émission téléguidées et radioguidées, a dû céder nuitamment en annulant la décision de suspension de l’étudiant Adou SEIBOU et annoncer l’ouverture des discussions avec les protagonistes de la crise sur le campus universitaire.

La veille la mi-journée, le ministre du travail et de l’emploi Octave NICOUE BROOHM, soutenait mordicus que la décision de radiation de l’étudiant émanait du conseil de discipline de l’université qui pourrait juger de le réintégrer ou pas mais que le gouvernement n’a pas à interférer dans ce dossier de suspension du président du MEET. Du dilatoire pour rien. Le fait que le gouvernement revienne sur ses propres propos montre à suffisance que le pouvoir de Faure Gnassingbé reste fébrile et têtu. Un paradoxe qui démontre que les togolais n’ont d’autre choix que de battre le pavé pour se faire entendre.

1. La manifestation du MEET de ce 1er juillet 2011

Même si la marche du MEET a été interdite tard dans la nuit et que les étudiants eux-mêmes suite à la réintégration de leur camarade Adou SEIBOU avaient appelé au report de la manifestation, les togolais des quartiers lycées, Nukafu, Tokoin Soted et bien d’autres, ont manifesté avec véhémence leur ras le bol face à l’incapacité de Faure GNASSINGBE et ses amis à gouverner le pays. En un clin d’œil des barricades ont été dressées, des jets de pierres n’ont pas manqué mais surtout les forces de sécurité togolaises se sont encore illustrées dans la répression à coups de grenades lacrymogènes faisant plusieurs blessés dont un grave.

Lomé était au bord de l’embrasement, n’eut été le déplacement du commandant de la gendarmerie nationale le colonel YARK Damehane, qui a ordonné que les tirs de grenades lacrymogènes cessent sur le champ. Sans oublier l’appel à l’apaisement du ministre de la sécurité, le colonel Gnama LATTA qui était aussi sur les lieux.

La tension ne cesse de monter. Tous les secteurs, toutes les régions du pays décrient la gestion hasardeuse et scandaleuse des autorités de fait avec à la tête le fils du père qui au lieu de rester au pays pour faire face à la grogne sociale et politique comme un certain Abdoulaye WADE, préfère multiplier ses pérégrinations. Pour la presse privée togolaise Faure GNASSINGBE a élu domicile dans les airs. Italie à plusieurs reprises, Japon, Singapour, Malabo (où il se trouve pour le sommet de l’union africaine, le syndicat des chefs d’états du continent), ont été  les destinations privilégiées du prince pour le compte seulement du mois de juin 2011.

Les forces de sécurité, bras armé du pouvoir en place et qui ont le droit de vie et de mort sur tous les citoyens ne font pas dans la dentelle en matière de répression.

2. La répression du FRAC ce jeudi 30 juin 2011.

Le FRAC en a eu également pour son compte en matière de répression, avec une pulvérisation du quartier Kodjoviakopé  (où habite Jean Pierre FABRE le leader du FRAC). Là encore beaucoup de blessés, trois personnes au moins se sont évanouies en inhalant les gaz lacrymogènes,  quelques personnes ont été arrêtées avant d’être relâchées, des barricades  ont été dressées sur toutes les ruelles menant au  quartier Kodjoviakopé, surnommé pour l’occasion Benghazi par les militants du FRAC.

Face à la pluie de grenades lacrymogènes dont son domicile et tout le quartier ont été les cibles, Jean Pierre FABRE empêché par les forces de sécurité de sortir  pour rallier la marche hebdomadaire des jeudis contre le projet de modification de la Constitution , a décidé de se rendre à un rendez-vous à pied vers les 16H,  heure locale. Un scénario que les forces de sécurité n’avaient pas prévu. Monsieur FABRE a été bloqué à la hauteur de la présidence au niveau de la marina, s’en est suivi une discussion houleuse entre lui et la gendarmerie avant qu’il ne soit autorisé à aller à son rendez-vous sous les ovations des populations. A la hauteur de l’hôtel Palm Beach, avec  la foule qui ne cessait d’augmenter, les forces de sécurité comme elles savent le faire ont tiré entre les pieds de Jean Pierre FABRE deux grenades lacrymogènes. Ce dernier a pu trouver refuge dans l’hôtel Palm Beach.

Les étudiants comme les militants et sympathisants du FRAC ont développé une résistance contre les grenades lacrymogènes. Les togolais sont comme vaccinés contre les « joujoux » des hommes du capitaine de gendarmerie AKAKPO, qui dirige la plupart des opérations de répression. D’où l’usage de plus en plus abusif de balles en caoutchouc.

3. Et si Faure GNASSINGBE s’inspirait de l’exemple sénégalais ?

L’interdiction systématique des manifestations pacifiques de protestation contre le régime de Faure GNASSINGBE et leur répression dans le sang, montre à suffisance le caractère cynique du pouvoir togolais, sa fébrilité et son refus de la démocratie.

Pour plus ou moins les mêmes motifs que les sénégalais, l’opposition togolaise essaie de manifester en vain contre un projet de modification de la constitution. Tout comme à Dakar la manifestation de Lomé a été violemment réprimée avec beaucoup de blessés.

La seule différence est que le président sénégalais sous la pression de la rue a retiré son projet de modification de la constitution contrairement à Faure GNASSINGBE qui continue dans  l’entêtement et la duplicité. Aux dernières nouvelles, la modification est toujours à l’ordre du jour. La formule est qu’elle n’est plus une proposition du gouvernement mais certains députés moutons ont été cooptés pour porter cette modification comme étant une proposition des parlementaires. Dictature quand tu nous tiens…

4. Le silence assourdissant de la communauté internationale

Face à l’escalade de la violence et aux violations massives des droits de l’homme la communauté internationale se mure dans un silence assourdissant.

Doit-on l’appeler complot international ou silence coupable ? Les deux arguments se justifient. Pour ne pas remonter à l’époque de la très frauduleuse présidentielle de 2005 qui a permis au fils de GNASSINGBE Eyadema, Faure GNASSINGBE de capter le fauteuil présidentiel avec la bénédiction et la complicité tacite de ce machin de la communauté internationale, avec près de mille morts. Limitons-nous à la dernière présidentielle, celle du 04 mars 2010 qui a vu encore le prince conserver le fameux fauteuil grâce encore à cette communauté internationale. La communauté du deux poids deux mesures, qui semble nous dire que le Togo n’est pas la Côte d’Ivoire, vous n’avez pas besoin d’élections démocratiques, la suite tout le monde la connait…

Depuis donc le 04 mars, l’opposition réunie au sein du Front Républicain pour l’Alternance et le Changement (FRAC) est rentrée dans un cycle de contestation avec des manifestations hebdomadaires et les veillées de prières, avec surtout au compteur beaucoup d’arrestations, d’enlèvements, de blessés, de bastonnades y compris celle du leader du FRAC, Jean Pierre FABRE.

Depuis, la communauté internationale, ne daigne pas bouger le petit doigt.  Pendant ce temps, il n’est pas rare de voir des diplomates accrédités chez nous, des représentants d’organismes internationaux, déjeuner, sabler le champagne avec les bourreaux du peuple togolais.

Jamais corps diplomatique n’a développé et entretenu autant d’intimité et de promiscuité avec un pouvoir dictatorial contrairement aux règles de la diplomatie.

Sur les massacres du régime, cette communauté use et abuse de langue de bois mais quand il s’agit de se prononcer sur la réalité du terrain, elle peint un Togo qui n’existe que dans la tête de leurs acolytes du régime. L’exemple de l’ambassadrice des Etats-Unis est révélateur. Au cours d’un cocktail à l’occasion de la célébration du 04 juillet 2010 dans sa résidence avec un parterre d’invités de toutes tendances, madame est allée jusqu’à soutenir que l’élection frauduleuse de 2010 a été une élection démocratique et transparente.

Cette communauté ne porte plus des cagoules, ni des gants pour dire à qui veut l’entendre qu’elle roule pour le pouvoir.

Selon certaines sources c’est en fait un grand réseau de business entre pouvoir et ce fameux corps diplomatique. Il semblerait que tout y passe surtout que ce rectangle de pays constitue la plaque tournante de beaucoup de saletés.

Depuis quelques semaines, les pôles d’ébullition se sont multipliés, les étudiants crient leur ras le bol, les praticiens de la santé revendiquent plus de dignité, le FRAC toujours dans la rue, la répression est féroce et sauvage et notre fameuse communauté internationale est muette comme une carpe.

Mieux, on dirait que cette communauté a passé le mot aux médias internationaux qui font un black-out total sur ce pays qui bouillonne en réalité depuis mars 2010, mais que certains s’échinent à peindre en blanc, surtout avec le foutu accord entre les princes de la république,  Gilchrist et Faure.

Personne ne peut réveiller  cette communauté qui fait semblant de dormir, mais le petit volcan dénommé Togo, est entré en activité et nous souhaitons bonne chance à la communauté internationale.

C’est dans ce contexte social et politique assez tendu que les députés du groupe d’amitié France Togo ont  visité notre pays  pour prendre un peu de soleil et se la couler douce. Vu le programme de ce périple, les chers parlementaires ont profité de la période estivale pour déstresser. Destination idéale : le Togo où tout va à merveille, comme la communauté internationale « aime ».

Et comme les togolais s’y attendaient, au terme de leur  voyage ils ont déclaré que la « démocratie est en marche au Togo ». La formule est bien connue des togolais : « la démocratie tourne à bon régime, les droits de l’homme sont respectés et malgré quelques difficultés le Togo va bien et a fait d’énormes avancées ». Pauvre communauté internationale. FK.

Fabbi KOUASSI, Journaliste indépendante

source:www.cvu-diaspora-togo.org


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