Togo : Les raisons d’une démission inattendue

12 07 2012
« Y en a marre de tout ça ! Je démissionne si le Colonel Yotrofeï Massina ne sort pas du jeu politique », aurait affirmé le Premier Gilbert Houngbo à des émissaires de Faure Gnassingbé venus le dissuader. Le Premier ministre n’aurait évidemment pas supporté l’énième intervention du Directeur de l’Agence nationale du renseignement (ANR) dans la gestion des affaires de l’Etat. Les bruits des malversations financières seraient donc des contre-feux.

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Tout s’est joué rapidement dans la journée de mercredi 11 juillet, à en croire une des sources MO5-Togo à la Primature. La goutte d’eau qui fait déborder le vase : C’est l’affaire des personnes détenues dans le cadre des violences intervenues pendant les manifestations du Collectif Sauvons Le Togo les 12 et 13 juin qui a été à l’origine des conflits au sein du pouvoir. Gilbert Houngbo, ce technocrate sans étiquette politique au départ, arrivé au ‘chevet’ du Togo, a préparé un plan de sortie de crise devant amener le CST et l’opposition dans son ensemble à des négociations. Le Premier ministre a donc demandé la libération sans condition des personnes détenues, gage de sa ‘bonne volonté’. Le juge d’instruction était en train de rédiger l’ordonnance de libération quand arrive l’officier dans son bureau, qui le dissuade de signer le référé de libération sous peine de… Le juge menacé s’exécute et sursoit à la libération des présumés auteurs de casse pendant les manifestations du CST. Et il s’en réfère au Premier ministre. Le chef du gouvernement met sa démission dans la balance en demandant implicitement au chef de l’Etat de sortir Massina Yotrofeï du jeu politique. Le Président ne pouvant rien contre le directeur de l’ANR, Houngbo s’en réfère à sa ‘conscience’ et aurait dit aux émissaires de Faure Gnassingbé: « Je n’agis pas comme Premier ministre ni comme militant d’un parti politique (il a déclaré être membre de l’UNIR, ndlr), mais comme citoyen togolais ». Fin de la partie. Rappelons que Koffi Kounté de la CNDH avait parlé de la « bonne volonté » de Faure Gnassingbé qui serait malheureusement l’otage d’un certain « entourage ». Comment peut-on espérer une rupture sérieuse lorsqu’on sait les conditions de sa prise de pouvoir ? Aujourd’hui, nous n’ignorons pas les risques, mais après tout c’est une question de courage politique.
Gilbert Houngbo n’en pouvait plus de la toute-puissance des FAT qui empoisonnent le jeu politique et enveniment les tensions. Déjà en février dernier, il a avalé les couleuvres du fameux rapport tripatouillé de la CNDH. On a accusé son gouvernement d’avoir falsifié le rapport de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), instance constitutionnelle qui a enquêté sur des allégations de tortures et traitements physiques inhumains et dégradants sur les présumés auteurs d’atteinte à la sûreté de l’Etat, dont Kpatcha Gnassingbé, le demi-frère du Président. Massina Yotrofeï, mis en cause dans le rapport, aurait fait pression sur le Président de la CNDH, Koffi Kounté, pour qu’il ponde un autre rapport niant les actes de torture perpétrés. Conséquence : le Président de la CNDH s’enfuit après avoir publié le rapport authentique provoquant un tollé sur le plan national et international. Gilbert Houngbo a dû porter la lourde responsabilité de ce scandale commis par des proches du chef de l’Etat. Cette seconde intervention qui entrave le Premier ministre lui est insupportable et cela a conduit à sa démission, selon la source.
Ce qui est étonnant c’est que Gilbert Houngbo semble découvrir à chaud sa faiblesse et celle de son gouvernement dont certains ministres, les caciques du régime qui ont la carte du RPT, ont plus de poids que lui. Il a également oublié que la crise togolaise perdure à cause d’un seul acteur qui ne devrait pas jouer sur la scène : les Forces armées togolaises (FAT), dont le RPT est la vitrine politique, ce que l’UNIR est en passe d’être demain. Lui Houngbo qui a désormais la carte de l’UNIR doit savoir déjà que les politiciens recevront les ordres des militaires.
Mais tout le problème reste entier. La démission de Gilbert Houngbo entraîne plusieurs questions.
1. Généralement, on ne démissionne pas pour démissionner. Quand on le fait c’est bien pour une cause qui peut entraîner un changement politique sur la scène. Est-ce que la démission du chef du gouvernement peut changer positivement la donne ?
2. En acceptant cette démission, c’est que le Chef de l’Etat a poussé son Premier ministre à le faire en soutenant un officier de l’armée. Il l’a donc désavoué, ce qui amène à des interrogations sur la réalité de qui détient le pouvoir au Togo. Qui est aux commandes dans le pays ? Déjà le chef de l’Etat n’a pas pu exécuter les recommandations de la CNDH sur les mises en cause dans le rapport, notamment Yotrofeï Massina et son autre âme damnée, le chef d’Etat-major Atcha Titikpina.
3. Qui sera le Prochain Premier ministre de crise, alors que nous allons à des élections ?
Décidément, la crise togolaise a la vie dure. Ça fait au moins 22 ans que ça dure et elle paraît insoluble. Houngbo s’en va. A qui le tour ?

Source : | Mo5-togo.com

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