Gilbert Houngbo part sur un bilan décevant

20 07 2012

7 septembre 2008-11 juillet 2012, presque quatre ans que Gilbert Fossoun Houngbo a passé à la tête de la primature. Aujourd’hui, il quitte ses fonctions la tête basse, tant il est vrai que les attentes des Togolais placées en lui étaient grandes vu sa posture de Haut fonctionnaire des Nations Unies, un titre qui ne lui a pas suffi pour redonner confiance au peuple togolais.

«En six mois, je changerai le quotidien des Togolais». Cette phrase est de l’ancien Directeur du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud) avec rang de Secrétaire Général Adjoint des Nations Unies, le Premier Ministre (PM) démissionnaire Gilbert Fossoun Houngbo, lorsqu’il prenait en septembre 2008 la clé de la primature au Togo. Très tôt, le grand technocrate s’est mis au travail rompant un peu avec la bureaucratie en étant plus présent sur le terrain. Déjà, sa feuille de route est claire, surfer sur son statut international pour redonner une autre image du Togo, ternie par les malheureux évènements d’avril 2005 (on parle de 800 à 1000 morts c’est selon) qui ont mis le Togo sur le banc de la communauté internationale. Ce rôle, Gilbert Fossoun Houngbo a pris son courage à deux mains pour le faire, c’est-à-dire panser les plaies du Togo et soigner son image écornée. Aussi était-il guidé par les principes, les valeurs et surtout le sens du patriotisme très poussé. Dans sa détermination, il a réussi à gagner la reprise de la coopération par la confiance en lui placé par les partenaires techniques et financiers du Togo.

Sous Gilbert Houngbo, le Togo a atteint l’initiative du Pays pauvre très endetté, (PPTE). Maintenant l’on peut égrainer à longueur de journée l’annulation des dettes extérieures du Togo. Mais sur le plan national, durant ses quatre années d’exercice, Gilbert Fossoun Houngbo n’a été que l’ombre de lui-même, puisqu’il a bel et bien joué le jeu du parti au pouvoir en faisant plus de diversions que de régler les chapelets de crise que le pays a connus.

Sur le plan politique
L’ère Houngbo a été surtout émaillée de violences et de violations massives des droits de l’homme et de droit commun malgré une batterie de dialogues instaurée entre les acteurs politiques. Dans un premier temps, on citera l’affaire Kpatcha Gnassingbé du nom du député de la Kozah, celui-ci arrêté dans la nuit du 12 avril 2009 pour tentative d’atteinte contre la sûreté de l’Etat. Il sera plus tard jugé et condamné le 15 septembre 2011 avec une vingtaine de coaccusés malgré que les détenus aient affirmé avoir fait des aveux sous le coup de la torture dans les locaux de l’Agence nationale de renseignements (Anr). Plus tard, l’enquête diligentée par le gouvernement Houngbo à la Commission nationale des droits de l’homme (Cndh) a conclu des cas de traitements inhumains et dégradants sur les accusés et révélé les noms des auteurs impliqués dans ces actes. Mais jusqu’à ce qu’il démissionne le 11 juillet 2012, Gilbert Houngbo n’a daigné prendre aucune sanction non seulement contre les Seigneurs de la torture, mais aussi contre les auteurs de la falsification du rapport de la Cndh. Et comme la torture, les violences et de violations massives des droits de l’homme et de droit commun se nourrissent de l’impunité, les auteurs de ces actes pervers au sein de la République continuent de réprimer à coups de matraque et de grenades lacrymogènes les manifestations pacifiques de l’opposition malgré que la Constitution du pays garantit le droit de manifester à chaque citoyen togolais. Dans ce registre, on citera entre autres, la répression des manifestations des 12 et 13 juin 2012 du CST avec son cortège de blessés et de morts, la répression de la marche des journalistes le 6 août 2011, lorsque le quatrième pouvoir voulait s’exprimer dans les rues de Lomé pour crier haro sur les menaces de mort qui pèsent sur certains des leurs jugés critiques vis-à-vis du pouvoir, la répression de la marche des Organisations de défense des droits de l’homme (Oddh) quand elles se sont levées pour demander l’ouverture de la Radio X solaire, fermée illégalement par le pouvoir public, les nombreuses répressions des marches du FRAC, et devant toutes ces viles actions, Gilbert Houngbo comme son ami Faure Gnassingbé, (pour qui il a d’ailleurs battu campagne en 2010) ont toujours gardé le silence, advienne que pourra !
C’est toujours dans cette atmosphère délétère que neuf députés Anc ont été illégalement révoqués de leur fonction pour une supposée démission, malgré la décision contraire de la Cour de justice de la Cedeao qui a connu du litige et a clairement établi que les députés en question n’ont jamais démissionné et qu’il faille les rétablir dans leur droit.
Au-delà de tous ces déficits démocratiques, le gouvernement démissionnaire a toujours convié la classe politique au dialogue. On parlera du Cadre permanent de dialogue et de concertation (Cpdc), puis du Cpdc rénové, du dialogue à quatre (Ufc, Car, Rpt, Anc) et d’autres encore, mais tous les cadres de discussion ont été plombés par le manque de volonté politique du parti au pouvoir, mais aussi et surtout de la mauvaise foi du gouvernement qui a toujours joué le jeu du Rpt/Unir. Aujourd’hui seize dialogues ont été faits, mais c’est toujours le statu quo. Pire, Gilbert Fossoun Houngbo démissionne à un moment où la tension politique est à son comble et où on nécessite plus le grand technocrate qu’il est. Sa démission signifie tout simplement un aveu d’impuissance, car il quitte l’avion en pleine zone de turbulence.

Sur le plan social
Sur la scène politique que dans le domaine social, Gilbert Houngbo n’a pas pu changer en six mois le quotidien des Togolais, comme il s’est vanté à le faire au début de son exercice. Plus il était aux affaires, plus les grognes sociales se multiplient, plus les Togolais ont faim et la vie est devenue chère.
Les quatre années de Houngbo sont dominées par une panoplie de mouvements sociaux. D’abord la grogne dans les centres hospitaliers du Togo. Le Syndicat des praticiens hospitaliers du Togo (Synphot) avait donné le ton des manifestations en mai 2011 pour exiger l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Malgré que les revendications des médecins étaient nobles et légitimes : la connexion internet pour le personnel du CHU, les primes de risque, statut particulier du personnel etc., le gouvernement Houngbo au lieu de prendre rapidement la mesure de la chose et sortir des solutions adéquates pour dénouer la crise, a plutôt choisi de faire diversion, changeant le ministre de la santé de l’époque Komlan Mally par Charles Kondi Agba sans réellement satisfaire les revendications. Et c’est quand le Synphot a pris des mesures contraignantes, allant de la cessation du travail à la fermeture de la morgue de Lomé en juin 2011, que le gouvernement a pu agir.
L’autre mouvement qui a fait sensation de par la spontanéité des mouvements sociaux tant à Lomé qu’à Kara, pourtant reconnu comme fief du parti au pouvoir, concerne la grogne des étudiants. En effet, de mai en juillet 2011, les étudiants avaient engagé un bras de fer avec les autorités gouvernementales exigeant de meilleures conditions de vie et d’études. Ces mouvements estudiantins souvent réprimés par les forces de l’ordre faisant des centaines de blessés, ont failli à nouveau plonger le Togo dans les événements du 5 octobre 1990 à cause de la grande légèreté dont a fait preuve Gilbert Houngbo lors de la crise. Dans un premier temps un accord dont les termes ne rentrent pas dans la vision de résolution de la crise a été proposé et signé avec des étudiants-maisons, c’est-à-dire ceux qui étaient à la solde du pouvoir. Plus tard les principaux mouvements dont le MEET ont repris avec envergure les mouvements et le gouvernement s’est contenté d’arrêter et de mettre en prison les leaders tant à Lomé qu’à Kara. Jusqu’aujourd’hui, moment où il démissionne de la primature, la grogne estudiantine refait surface, preuve que la mauvaise foi du gouvernement dont on parle depuis peu est une réalité. On ne doit pas aussi occulter la grève des enseignements pour réclamer leurs émoluments et primes.
Outre ces grognes, l’affaire Bertin Agba du nom du directeur de la société OPS sécurité est pendante au parquet de Lomé. Arrêté le 7 mars 2011 dans les bureaux de sa société par les agents de l’Agence nationale de renseignements (Anr), Bertin Sow Agba est gardé dix jours durant dans cette agence sans avoir eu la possibilité de recevoir des visites, avant d’être transféré à la gendarmerie où il a été entendu sur procès-verbal par des officiers de police judiciaire, puis déféré le 23 mars 2011 au parquet, pour être placé sous mandat de dépôt en détention préventive par le juge d’instruction deux jours plus tard. Il croupit depuis lors dans les geôles de la prison civile de Tsévié, bien que sur décision de justice, son conseil a versé une consignation de 150 millions de cautionnement pour sa liberté provisoire. Devant ce déni de justice, le gouvernement Houngbo n’a pu grande chose. Une situation qui conforte la thèse selon laquelle, la justice togolaise souffre cruellement d’un déficit chronique sur le plan du respect des règles de droit dont ont soif les togolais.
Parmi les problèmes devant lesquels Gilbert Houngbo est resté aussi pantois et impuissant, il y a l’affaire ReDéMaRe. L’on se souvient de cette affaire qui a fait perdre des milliards de nos francs aux citoyens togolais, spoliés pour des intérêts égoïstes et partisans, avec en toile de fond, des règlements de compte de certaines autorités à Sama Essohamlom, directeur général de la société qui a été gardé pendant plusieurs mois dans les geôles de la prison civile de Lomé. Près de deux milliards de nos francs ont été illégalement saisis des commerçantes du grand marché de Lomé par l’Anr. Depuis, personne ne connaît celui qui détient cette impressionnante manne financière.
Aujourd’hui dans le bilan de Gilbert Houngbo, certains se glorifient que le PM a permis la gratuité des cours primaires et que l’agriculture connaît des avancées significatives. D’abord sur le plan de l’éducation, certes, l’école primaire est gratuite, mais le résultat est médiocre pour la simple raison que les mesures d’accompagnement ont vachement manqué. A titre d’exemple les tables-bancs ont été insuffisants dans les salles de classe et les élèves sont souvent entassés comme dans une boite à sardine. Dans nos marchés, les bonnes femmes crient la cherté de la vie, le bol de mais est à 600 frs Cfa. Aujourd’hui, c’est un véritable luxe de manger trois fois par jours au Togo. Or, le pays fournit des produits céréaliers au Programme alimentaire mondiale pour alléger la famine dans le sahel. Faut-il en rire ou en pleurer ?
Les exemples sont légion. Mais les quelques lignes développées prouvent à suffisance que Gilbert Houngbo a été coopté seulement pour soigner l’image du Togo à l’international, vu son statut de haut fonctionnaire des Nations Unies. Sur le plan national, Faure Gnassingbé et ses affidés savent qu’ils s’en changeront dans les diversions, dans les répressions et dans le vol des élections. Et comme Houngbo ne comprend plus rien, il a préféré quitté les choses avant les choses ne le quittent à jamais. Vu ces développements, n’est-il peut-être pas parti trop tard ?

source: Syllepieux Beni

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