Rentrée parlementaire au Togo, autopsie du discours du doyen d’âge.

23 08 2013

arton871-20eebL’un des temps forts de la prise de fonction des députés issus de la mascarade électorale du 25 juillet 2013, restera le discours de maître Georges Lawson, doyen d’âge du parlement membre du collectif sauvons de le Togo et de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), un membre de l’opposition au perchoir est un fait plutôt rare au Togo, une République  particulière. Ironie du sort, le législateur a voulu que l’honneur de conduire les travaux du parlement à l’entame d’une nouvelle législature revienne au doyen d’âge. Le hasard s’est porté sur cet ancien Procureur de la République et figure de l’opposition. Maître Georges Lawson  va donc présider aux travaux de l’Assemblée Nationale pendant 15 jours, jusqu’à la mise en place du bureau. Monsieur le Président et doyen d’âge a ému et séduit les togolais par sa conduite des travaux et son discours qui marquera une assemblée souvent taillée sur mesure avec des discours à la gloire de la famille Gnassingbé qui règne sur le Togo depuis 50 ans.

Un auditeur au cours d’une émission inter active sur une radio privée togolaise, a affirmé d’ailleurs, « je suis fier de la sagesse avec laquelle monsieur le doyen d’âge a conduit les travaux, et je suis surtout fier que cette sagesse émane des rangs de l’ANC ». Pour une simple réaction,  elle est lourde de sens. En effet, cette sortie du doyen Lawson tranche avec l’image de hooliganisme ou de va t’en guerre qu’on tente de coller à tort ou à raison au plus grand parti de l’opposition, l’Alliance Nationale pour le Changement. L’histoire retiendra aussi que c’est un membre de l’opposition, ironie du destin qui a présidé aux travaux de la 5èm législature de l’Assemblée Nationale  ouverte le mardi 20 août 2013, au palais des congrès siège du parlement à Lomé.

Comme s’il était interdit à l’opposition togolaise de présider ces genres de rencontres.  Sans doute une aberration sous d’autres cieux devenue une normalité dans une dictature quasi dynastique.  D’ailleurs certains zélés du parti au pouvoir ont eu toutes les peines du monde a appelé Monsieur Georges Lawson « Monsieur le Président ».  Attitude que « ce dandy » a eu la politesse et l’élégance de fustiger.

Qu’un député du pouvoir en place refuse de reconnaitre la place qui revient à un citoyen conformément aux textes n’étonne aucun togolais, cet incivisme  démontre tout simplement que la dictature togolaise a la peau dure et le système en place n’a pas intégré qu’un membre de l’opposition puisse exercer des prérogatives constitutionnelles, un comportement plutôt révélateur  de la conception que la clique dirigeante a du pouvoir.

Surtout qu’il suffit de s’imaginer que Monsieur le doyen d’âge, toujours ironie du destin est pour 15 jours le dauphin constitutionnel de Monsieur Faure Gnassingbé. Touchons du bois, mais le fait mérite d’être relevé, en cas de vacances du pouvoir c’est cette figure de l’opposition qui devient de facto Président de la République. Si cette situation arrivait,  les togolais savent que les apparatchiks du régime feront des pieds et des mains pour que cet opposant n’exerce au grand jamais cette prérogative constitutionnelle. L’opinion nationale garde en  souvenir la gestion scandaleuse de la vacance du pouvoir suite au décès de Gnassingbé 1er. Passons !

Monsieur le Président, sans doute en connaissance de cause,  a souligné cette exception sous le règne des Gnassingbé en ces termes,  « la marche du temps qui ne se préoccupe pas de calculs politiques, projette les feux de l’actualité parlementaire sur un homme venu directement des rangs de l’opposition. C’est une première dans l’histoire parlementaire de notre pays ». Une première devenue une exception voire un interdit dans un pays où tout est tracé pour perpétuer le règne de la pensée unique ou « vulgairement » tout le monde doit regarder dans la même direction et suivre les lignes de la dynastie.

Sur un autre plan, Monsieur le doyen d’âge n’a pas manqué de souligner que le scrutin législatif est tout sauf démocratique. « Nous ne pouvons rester indifférents à la nature des griefs articulés au soutien des requêtes en contestation. Ils vont des violences physiques à des violations inadmissibles de la Loi électorale. Laisser s’installer ces voies de fait et ces violations de la Loi électorale dans les pratiques électorales de notre pays risque de perpétuer dangereusement une contestation permanente des résultats de nos élections ». A-t-il relevé.

Après avoir rappelé  l’incongruité que constitue la  révocation  des députés en fonction, Maître Georges Lawson a rappelé le rôle des trois pouvoirs  dans une société qu’on veut pourtant démocratique. « Il est capital que nous inventions dans la réalité politique un équilibre plus juste entre le Pouvoir Législatif et le Pouvoir Exécutif afin de remplir plus efficacement la mission de contrôle sur le Pouvoir Exécutif. Cette mission Mesdames et Messieurs, chers Collègues, si nous l’exécutons correctement, constituera la garantie des citoyens contre l’arbitraire. Elle assurera la sauvegarde de toutes les libertés publiques, apanage des véritables démocraties ». A souligné le doyen d’âge.

Puisse ce discours  constructif serve à réveiller les consciences intentionnellement tuées de même que ceux qui semblent plonger dans un profond sommeil.

Vivement que l’opposition qui a déçu les togolais à la précédente législature en accompagnant la majorité souvent bien malgré elle, mais surtout en faisant preuve de paresse et d’indifférence se réveille de sa torpeur et comprenne qu’au-delà des privilèges que confère le statut du député, ils sont au parlement pour travailler au bien être des populations confrontée à une misère indicible.

Puisse les députés du parti de Faure mette de l’humanité et de la compassion dans leurs actions au-delà de la stratégie de pérennisation éternelle au pouvoir et comprendre enfin que dans ce petit rectangle de pays il ya des togolais qui après plus de 50ans d’indépendance vivent une situation sociale des plus catastrophique, où la minorité au pouvoir vit dans une opulence insolente,  du fait de leur règne sans partage et du refus d’engager le Togo sur la voie de la démocratie où les richesses doivent être équitablement partagé entre citoyens du même pays.

Le doyen d’âge ne croit pas si bien dire en affirmant d’ailleurs « toute société où coexistent une minorité privilégiée, riche, arrogante et une masse pauvre et sous développée, est anti démocratique par nature ». Cette seule phrase résume la triste réalité togolaise.

Bon vent au tout nouveau parlement malgré qu’il soit le fruit d’une véritable mascarade électorale.

 

 

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