Togo, le Colonel Massina Yotrofei atterri à la gendarmerie nationale, retour sur le parcours d’un tortionnaire de la République.

25 08 2013

colonel_Massina_Yotrofei500L’information est  tombée depuis le vendredi 23 août 2013. Le Colonel Massina Yotrofei quitte enfin le Guantanamo togolais, l’Agence Nationale des Renseignements  (ANR), un service placé sous l’autorité directe du Chef de l’Etat mais secoué par d’énormes témoignages sur  les traitements cruels inhumains ou dégradants qui s’y passent en ce siècle de modernité où le Togo a fait semblant de ratifier la convention contre la torture. Le tortionnaire le plus décrié sous Faure Gnassingbé vient d’être « reversé » à la gendarmerie. Reversé tel un liquide qu’on jette  après usage, ce Colonel vient  donc d’être remercié en monnaie de singe malgré le grand zèle qu’il a affiché lors des séances de tortures pour plaire à son mentor.

L’un des souvenirs que les togolais garderont du Colonel Massina Yotroféi est que c’est un tortionnaire de la pire espèce. En tout cas il a réussi à faire parler de lui de la pire des manières.

D’abord il fut éclabousser par le témoignage du richissime homme d’affaires togolais, Bertin Sow Agba qu’il a cueilli a froid un matin de mars 2011 dans ses bureaux de OPS Security  et le calvaire a commencé par une séance de fouille musclée au domicile du sieur Agba, où après le passage des éléments de cette ANR, les valises louis Vuitton et autres objets de marques ont disparu comme par enchantement. Drôle de fouille. Nous passons sous silence la marque et le numéro de la plaque d’immatriculation du  véhicule subtilisé ce jour à ce natif de Kouméa qui est finalement tombé dans les mailles de ce tortionnaire agréé de la République.

« Bienvenue dans mon royaume », aurait lancé le patron du Guantanamo à Monsieur Agba. La suite est connue de l’opinion. Monsieur Agba passera une dizaine de jours bien remplis à la merci des ces pratiques viles et d’une autre époque. Des séances de tortures insoutenables ont été réservées aussi  au jeune frère du directeur de OPS Security, rentré d’Europe pour quelques jours de vacances,  il sera pris puis passé à la casserole de l’ANR ; il en est de même pour l’épouse de Bertin Agba  menottée par le dos selon certaines indiscrétions. Pourquoi soumettre la famille d’un prévenu à qui on colle le délit d’escroquerie d’un label international, à des séances de tortures ? Seuls les responsables de ce service pourront y répondre un jour.  

Ensuite, l’autre victime qui en aura beaucoup a raconté à son entourage et aux togolais s’il arrive à passer les portes de l’enfer-prison, qu’est la prison civile de Lomé est l’ex animateur vedette de la télévision nationale Eugène Atigan. Pris en charge par ce fameux service depuis l’aéroport de Lomé et cagoulé au cours de son trajet aéroport- Guantanamo togolais, il lui a été demandé de choisir entre le vocable « cimetière » ou « morgue », un des jargons prisés des tortionnaires de l’ANR. Finalement sans avoir choisi aucune des options, il a  séjourné dans la pièce « morgue » de l’ANR où tout nu il à vécu l’enfer dans cette chambre froide dédié à priori aux morts. Imaginez la suite.

L’autre vague de victimes qui a défrayé et pour longtemps  la chronique, reste le séjour des inculpés dans l’affaire de complot contre la sûreté de l’Etat  ou le kpatcha gate. Des togolais ont été menottés pendant plusieurs semaines, exposés au soleil, faisaient leurs besoins à même le sol, privés de soins, de nourritures, de visites et bien d’autres séances de torture russe, française ou encore américaine.

Pour avoir à manger quelques fois, les médecins ont eu à prescrire sur des ordonnances, du gari, du tapioca, du lait et bien d’autres aliments.

Sans oublier les nombreuses victimes anonymes de ce camp de concentration qui ne dit pas son nom,  qui n’ont pas eu la chance de bénéficier de la dénonciation médiatique et qui ont sans doute  perdu la vie dans des conditions scandaleuses, comme d’ailleurs certains collaborateurs du Colonel Massina s’enorgueillissaient presque devant chaque vague de nouveaux arrivants dans ce champ de la mort.

Quoiqu’il en soit cette agence grâce  aux témoignages insoutenables des victimes, au travail inlassable de la presse et des organisations de défense des droits de l’homme a été fortement critiquée et beaucoup de voix se sont élevées pour qu’elle soit fermée surtout que la responsabilité du Chef de l’Etat est engagée dans son fonctionnement.

Même si Faure Gnassingbé, au temps Faure des critiques,  a eu le toupet de décorer ce Colonel tortionnaire de grand croix de mérite à l’occasion de la célébration de la fête de l’indépendance du Togo, le rapport de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) dans le Kpatcha gate et qui a valu l’exil à son Président d’alors, Monsieur Koffi Kounté,  viendra confirmer tout le mal qui se dit sur l’ANR. Rapport qui a  fait le tour des instances internationales des droits de l’homme qui ne pouvaient cautionner un tel scandale et ce crime imprescriptible.

Le fait que  monsieur Massina Yotrofei soit remis à la gendarmerie nationale est une petite victoire pour les victimes de la torture au Togo et un petit soulagement moral pour l’opinion nationale.

Mais dans un pays de dictature sournoise comme le Togo, où les recommandations de la CNDH  sont restées lettre morte et surtout qu’aucune décision n’a procédé à la fermeture de ce centre de torture, les défenseurs des droits de l’homme ont fort à faire pour préserver la vie des citoyens de ces traitements cruels qui ont toujours la peau dure au Togo. il suffit à cet effet de consulter ce rapport dans sa partie témoignage des tortionnaires pour se convaincre qu’ils n’ont jamais regretté d’avoir ces actes ignobles.

A ce jour et selon  nos informations,  le Colonel Massina sera  à la gendarmerie sans aucun portefeuille, sans aucune responsabilité. D’autres sources précisent qu’il est fort probable qu’il soit intégré à l’Etat Major car l’actuel directeur  de la gendarmerie a été sous ses autorités et le Colonel Massina ne peut être sous ses ordres.

Les informations font état aussi de ce que le Commandant Akpovi de la gendarmerie nationale sera en formation dans une école de guerre en Europe d’ici quelques semaines.

Une chose est sure, le Colonel Massina Yotrofei quitte définitivement son « royaume de l’ANR ». Il aura marqué très négativement et tristement l’opinion nationale et internationale et restera et pour longtemps dans la mémoire collective comme un tortionnaire patenté. « Tel on fait son lit on se couche »,  dit l’adage.

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