Le Togo des moutons noirs.

4 02 2014

mouton 51GRcmA3PtL._SY445_« Le mouton noir » est le nouveau roman du français Loïc le Floch Prigent, ancien PDG d’Elf aquitaine embastillé au Togo pendant plusieurs mois dans une sordide affaire d’escroquerie internationale. Après sa mésaventure dans le cachot de la gendarmerie nationale, dans le « mouton noir », son roman lancé à Paris le 24 janvier 2014 il revient sur les détails d’une affaire qui avait pour seul objectif anéantir le ministre Pascal Bodjona devenu trop gênant pour Faure Gnassingbé.

Le rôle attribué à  Loïc le Floch Prigent est clair, noircir le ministre Bodjona. Un jeu trouble auquel  le français a refusé de se prêter après presque 70 ans d’âge il ne pouvait le supporter. C’est donc sa témérité et sa sincérité  qui lui ont valu des mois de détention cadeau dans des conditions inhumaines.

Des extraits et commentaires du mouton noir de Loïc le Floch Prigent dont le journal l’Alternative a pu s’offrir un exemplaire qu’il partagea dans la parution de ce jour avec ses lecteurs. La lecture des confidences  de monsieur Elf Afrique  suscite de notre part la rédaction du présent article.

Après la description de son transfèrement d’Abidjan à Lomé, qui n’est qu’un échange de bons procédés  entre la côte d’ivoire et le Togo, la contrepartie de la livraison du ministre ivoirien Moise Lida Kouassi,  l’auteur de, « le mouton noir » ne s’empêche pas dé révéler certains détails croustillants que les  juges du Togo pourri qualifient de violation du secret de l’instruction dans le seul but d’obtenir une omerta sur les dossiers-montages de la république bananière du Togo.

« A 8 heures se présente un petit homme aux lunettes : je m’appelle Rustico Lawson, je suis votre avocat. Et nous restons seuls tous les deux, en face l’un de l’autre chacun sur son canapé pourri. C’est ma femme qui me l’a adressé sur l’indication d’un avocat parisien et il me plaît tout de suite. Rustico Lawson m’indique que le juge devrait m’entendre dès le lundi matin, 17 septembre ». Mais monsieur Prigent contrairement au droit français n’a pas eu le droit de consulter le  dossier. Son conseil lui indiqua que « la tradition veut qu’on ne fasse aucune copie du dossier ». Au Togo, « les  inculpés n’y ont jamais accès sauf les avocats » mais là encore ils doivent juste le consulter et prendre des notes. Le premier hic qui alarme le futur inculpé personnel du prince. La tradition est appliquée et non le droit. Comment expliquer que les premiers concernés que sont les inculpés dans une affaire n’ont aucun accès au dossier ? Ainsi va le Togo.

Il n’est pas superflu de rappeler qu’en plus des conditions inhumaines monsieur Prigent, souffrait d’une tumeur à la jambe avec au moins neuf interventions chirurgicales. Dans le temps on se rappelle que plusieurs journaux maison on banalisé l’état de santé  du mouton noir arguant que la presse jugée critique à l’endroit du prince dans cette affaire illogique en faisait trop et que monsieur Prigent se portait plutôt bien. L’intéressé le rappelle si bien dans son bouquin, visiblement inquiet de la lenteur de la procédure enclenchée contre lui.

« En voilà une nouvelle, en voilà une galère, car si je peux attendre noël, je crains que  l’évolution de mon état de santé  ne me permette pas d’être retenu à Lomé au-delà d’un certain temps. Ma tumeur, la souffrance croissante qu’elle occasionne , de l’urgence d’une intervention chirurgicale, du fait qu’elle ne peut être pratiquée que dans un pays occidental et de préférence à Paris par mon chirurgien tout désigné pour traiter cette récidive, lui qui m’a déjà opéré à deux reprises au même endroit de la jambe, l’autre jambe a déjà été opérée à neuf reprises ». Une description qui démontre que le Togo n’à que faire du bien être des détenus.  Une violation d’un droit aussi élémentaire que constitue le droit aux soins de santé. Si les prisonniers spéciaux de république sont traités de la sorte il est facile d’imaginer ce qu’endurent  les ordinaires, les anonymes.

« Une fois tombé dans les mains de la justice togolaise j’aurais dû accepter de dénoncer Pascal Bodjona. C’est ce que je n’ai pas tardé à comprendre ».  « L’entourage du président togolais attendait de moi que je fasse passer Bodjona pour complice de l’escroquerie dont se plaignait Abass al Youssef ».

Loïc a lâché le morceau qui fait voir clairement que le Togo reste un pays de tragi comédie et de montages grotesques. Pour mettre à prix la tête d’un ministre, on se permet en violation de toutes les règles d’extradition ou de transfèrement de faire venir un français tel un colis comme monnaie d’échange dans le seul but d’avoir la peau de l’ancien ministre de l’administration territoriale.

Faure Gnassingbé et compagnie aurait pu trouver mieux pour anéantir un ami qui devenait encombrant. Pourquoi monter  mal un dossier,  lui donner un caractère international alors que les pièces du puzzle sont falsifiées ?

Le français croit savoir que le numéro un togolais redoutait Pascal Bodjona pour les élections de 2015. La raison qui l’a poussé a remué ciel et terre pour le liquider. A supposer que ce soit vrai, donc au Togo c’est un crime que d’avoir des ambitions pour la présidence de la république et le simple fait de le rêver et ou que des gens vous prêtent des intentions équivaut à votre élimination politique et physique. Tant pis pour ceux qui doutent encore que  Gnassingbé 2 n’est pas atteint du syndrome du pouvoir éternel.

« Il n’y a pas de hasard. Pascal Bodjona, arrêté le 1er septembre 2012, était lui aussi incarcéré à l’intérieur de la caserne de la gendarmerie, à deux cent mètres de moi. En haut lieu on se promettait de me passer à la moulinette pour que je prête foi à la fable d’Abass al Youssef, selon lequel Bodjona l’aurait trompé, arnaqué et accessoirement  aurait porté atteinte à l’honneur de l’Etat togolais. Ecarter tout prétendant éventuel : le pouvoir togolais n’a-t-il pas utilisé voici deux ans le même procédé en faisant emprisonner Kpatcha Gnassingbé le demi-frère de l’actuel président qui a été condamné en 2011 à vingt ans de détention » ? S’interroge Loïc le Floch Prigent dans son livre, qui poursuit, « je n’ai aucun élément d’aucune nature qui prouverait que Pascal Bodjona a effectivement pris part à l’escroquerie ». Il est donc clair que tout ce scénario n’a été monté qu’au nom d’un seul homme assoiffé de pouvoir  pour en finir avec un supposé prétendant au trône.

Nous préférons passer sous silence l’état des sanitaires de la gendarmerie, du cadre qui a servi de détention à monsieur Prigent qu’il décrit lui-même dans ce livre qui étale le côté mouton du cher Togo. Au sein de cette gendarmerie qui a pourtant comme devise valeurs et discipline, l’homme y a vécu comme un moins que rien. Nous taisons aussi l’autre honte du pays, la justice avec des greffiers qui ont des difficultés à manier l’outil informatique et qui prennent des heures interminables à consigner de simples dépositions et témoignages.

Que  ceux qui continuent de crier avancées démocratiques, réformes judiciaires et politiques de grands travaux  se ravisent. Le Togo reste un pays de dictature, un pays sans foi ni loi et ce n’est pas de l’exagération quand Monsieur Prigent  dans l’une de ses interviews le compare à la Corée du nord. Seuls ceux qui n’ont pas gouté à la torture, aux conditions carcérales inhumaines, aux exactions de toutes sortes, à l’enlèvement des proches, à la liquidation de paisibles citoyens dans des conditions inhumaines  sous les Gnassingbé peuvent continuer à se mettre en transe et soutenir que le Togo est un pays civilisée et humain.

Pour Loïc le Floch Prigent, que cette expérience à marqué à vie au point de l’immortaliser dans son livre, le mouton noir, pour ses enfants et petits enfants, le Togo restera pour lui un pays de moutons noirs même si dans le livre il estime que c’est lui le mouton noir.


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