La semaine du détenu togolais, le pasteur Koffi Essaw, ministre de la justice, dans ses incantations.

16 02 2014

Kofi-Esaw-2-300x171La semaine du détenu est à sa quatrième édition cette année au Togo, une semaine récréative en somme pour le détenu togolais qui vit dans des conditions carcérales extrêmement difficiles. Du 11 au 16 février 2014, ces milliers de détenus qui vivent l’enfer vont participer à des kermesses, des matchs de football, des soirées cinéma et autres,  histoire d’avoir une vie normale le temps d’une semaine. C’est pour lancer les hostilités que les autorités en charge de l’administration pénitentiaire notamment le ministre pasteur  de la justice  Koffi Essaw s’est versé dans des incantations, promettant mondes et merveilles aux prévenus alors que leur quotidien reste un véritable enfer.

« Mobilisons-nous pour un véritable changement des prisons du Togo » est le très beau thème choisit cette année. Il faut déjà rappeler qu’elles sont nombreuses les associations de défense des droits de l’homme qui se sont toujours mobilisées pour mener des plaidoyers, des manifestations, pour attirer l’attention du pouvoir public sur l’enfer que constitue la vie carcérale au Togo de Faure Gnassingbé. Inutiles de rappeler que la plupart des manifestations pour réclamer plus de justice ont été étouffées, empêchées ou réprimées. Alors de quelle mobilisation parlent les autorités pénitentiaires? Même la presse, l’éternelle jugée critique à l’endroit du prince n’a cessé de relever les difficultés de la vie en prison, les articles se comptent pas milliers en la matière. Les autorités parlent de mobilisation ? Le dernier rapport du HCDH sur l’état des droits de l’homme dans l’administration de la justice a plutôt énervé le régime togolais qui a été obligé de revoir sa copie suite à la réaction sans ambages de la haut commissaire Navy Pillay qui appelle aux états généraux de la justice. Les autorités togolaises sont toujours là à solliciter de la mobilisation avec toute la peine que se donnent les défenseurs des droits de l’homme malgré qu’ils  prêchent dans un désert, à espérer que les dirigeants togolais veuillent s’inscrire dans une logique d’humanisation des « Guantanamo » togolais.

Le « ministre pasteur » soutien dans « sa liturgie » que les détenus sont « des citoyens à part entière et non comme des pestiférés », avant d’entonner plus loin, « le détenu est avant tout et reste après tout un être humain ; il doit, par conséquent, être traité avec dignité et humanité. Cette vue des choses est l’idéal que nous nous engageons à promouvoir ».  Le religieux ministre surprend par ses paroles très douces face à une réalité infalsifiable et hallucinante. Si le ministre sait que le détenu est un être humain qui a des droits pourquoi le traité comme un animal? Ou bien il y a deux Togo, l’un où les prisonniers sont bien traités et l’autre qui existe dans l’esprit de ceux qui vivent l’enfer carcéral ?

Le pasteur Essaw est pourtant bien placé pour savoir que la prison civile de Lomé censée accueillir près de 660 détenus en compte plus de 2000 à ce jour  et que c’est dans les bâtiments de 07 sur 06 mètres que sont entassés près de  90 détenus. Nous avions relevés cette aberration de voir des femmes détenues qui ont accouché revenir dormir en prison avec le nouveau né, alors le ministre qui veut endormir les togolais avec ses airs d’un croyant qui ne supporte pas la souffrance de ses semblables doit sortir de ce rôle de faux pasteur  et prendre des mesures idoines dans les meilleurs délais pour traiter humainement les prisonniers. C’est tout ce que recommandent  les standards internationaux en la matière. Pas besoin de pleurnicher pour y arriver c’est une question de volonté.

Chaque jour les autorités vocifèrent, nous procédons aux désengorgements des prisons, et tous les jours ce sont des menus fretins  que les chefs de quartiers et de cantons peuvent traiter qui se retrouvent en prison. La derrière fois c’est à cause d’un chapeau volé qui serait vendu à un pécheur dans les environs de Katagan, dans la zone portuaire, que ce dernier a été déféré. Il suffisait de récupérer le chapeau et de régler un tel cas dans un cadre décentralisé. Pour un  tissu de pagne de 3000 FCFA des citoyens se retrouvent en prison. Pour un oui ou un non sous Faure c’est la prison.

Au Togo, au cas où le ministre ne le sait pas, des détenus ont eu à partager des cellules avec des fous, des personnes qui ont plus leur place dans un hôpital psychiatrique que dans une prison. Les faits ont été rapportés en 2010 par les responsables du MCA, Fulbert Atisso  et Guillaume Coco, incarcérés à la prison de Kara.

Le ministre qui fait le tour des prisons de temps à autre doit savoir aussi que des détenus sont passés à tabac par les responsables de prisons. Dernier cas relevé, celui de la prison de Sokodé où une dizaine de prévenus sont bastonnés car un des prisonniers est soupçonné d’avoir fait usage du téléphone portable. Malgré que la cellule fut fouillée et aucun téléphone trouvé. La question de l’utilisation du téléphone par le détenu se pose puisqu’aucune loi n’interdit aux prévenus  de communiquer avec leurs proches.

Si l’utilisation du téléphone portable gêne les autorités togolaises elles peuvent toutefois dotées les prisons de cabines téléphoniques comme on en voit dans d’autres centres pénitenciers.

Le ministre sait aussi que les pensionnaires n’ont droit qu’à un seul repas par jour, inutile de rappeler que ces mets ne valent rien sur les plans quantitatif et qualitatif.

Les conditions d’hygiènes sont plus que déplorables avec des sceaux disposés dans les cellules qui font offices de toilettes pour les détenus la nuit. L’infirmerie ne sert que de décor dans la prison civile de Lomé. Les nombreux cas de décès répertoriés au CHU, au cabanon font froids dans le dos. Ces trois dernières années ils sont au moins 115 prisonniers à avoir succombé faute de soins appropriés. Nul besoin d’affirmer que sortir vivant et en bonne santé des  prisons au Togo relève du miracle et de la grâce divine pour les croyants comme monsieur le ministre.

« Rêver d’un lendemain meilleur en prenant appui sur Dieu » a d’ailleurs chanté  le plus croyant des ministres de Faure Gnassingbé, de la même façon que les togolais rêvent d’avoir  des dirigeants qui changent leurs cœurs de pierre en des cœurs humains et non se cacher derrière des incantations pour bénir l’ignominie.

 

 


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