Prison civile de Lomé, un enfer pour des humains ou des animaux ?

8 12 2014
prison de lomé

prison de lomé

Ceci représente un énième article que nous produisons sur les conditions inhumaines qui prévalent dans les prisons du Togo notamment à la prison civile de Lomé. Nos nombreux articles ne font ni chaud, ni froid à la bande qui règne sans vergogne sur le Togo. Voici le témoignage d’un détenu qui n’a séjourné que huit jours à la prison de Lomé que nous avons rencontré pour une interview sur son séjour dans cet enfer qu’on ne peut même réserver aux animaux.  Bonne lecture.

Après seulement 8 jours passés à la prison civile de Lomé, Koffi  nous parle de ce qu’il convient pour lui d’appeler un enfer par excellence.

Bonjour monsieur, comment vous portez-vous ?

Bonjour  madame, je ne sais pas trop comment je vais, depuis le jeudi 27 novembre jusqu’à  ma sortie le vendredi  5 décembre 2014,  je ne suis pas encore ce que l’on peut appeler un humain.

-Pourquoi ?

ce que j’ai vécu à la prison civile de Lomé me dépasse, je ne sais pas comment j’ai pu supporter cela, avec des images qui me traumatisent aussi bien en journée que pendant les nuits.

Racontez-nous comment  vous avez vécu ce statut de détenu, dès votre entrée jusqu’à votre libération ?

Je vous reviens pour la question, mais laissez-moi avant tout de rendre grâce à  Dieu pour m’avoir sauvé de la mort dans la prison civile de Lomé, j’ai frôlé la morts par étouffement.

Pour la question, disons que,  dès que le procureur a délivré de manière Express  mon mandat de dépôt, je suis passé par l’administration où deux jeunes femmes   ont pris les informations sur moi et les gendarmes m’ont amené pour me faire rentrer dans la petite cour de la prison puisque  c’est de l’extérieur que mes menottes m’ont été enlevées pendant j’étais déjà à l’intérieur. Après cela j’ai été raccompagné par 2 prisonniers qui m’ont amené à une table  où je me suis fait enregistré et fouillé.

Dès qu’on m’a fait passer la grande porte, mon premier choc.  Suis dans un village ou dans un camp de concentration ?

Un brouhaha, indescriptible, une chaleur de puisard impossible. Dans ce méli-mélo, je suis conduit dans une cellule dite SÉCURITÉ.

C’est après cela que j’ai été jeté dans la marre  et aussitôt récupéré par un Ventilo qui me fit la proposition de me rincer. Les minutes qui ont suivies , me voilà en plein air , sur une piste sur laquelle nous étions une cinquantaine à nous laver, et ce fut la première fois de ma vie de voir autant de personnes nues et sans aucune intimité.

Quand les autres sont rentrés vers 17h45, nous étions une dizaine de nouveau dans le rang. On nous conduisit pour nous mettre dans les bâtiments.

 

-comment était le bâtiment ?

C’est à peine que ce bâtiment dépasse mon salon,  un bâtiment de 5 mètres sur 6 mètres avec 63 personnes à l’intérieur et j’étais la soixante troisième personne. j’ai été Posé vers le fond, pas question de dormir. Dans cette chaleur, j’ai passé la nuit debout, c’était à dire sur mes deux pieds en position debout, et c’est à peine mes talons touchent le sol,. Et vers les 2 heures  du matin quelqu’un devrait aller faire ces besoins, et c’est ainsi que le pot a été ouvert et il  fait ses selles, vous ne pouvez pas comprendre.

-Après cette première nuit, comment ont et les autre jours ?

vous savez , je n’ai jamais fumé du Cabanis et d’ailleurs depuis mon BAC, je n’ai plus jamais fumé une cigarette, mais pour pouvoir supporter les autres nuit, j’ai dû mettre comme on me l’a conseillé du Cabanis dans la bouche , mais le 5em jour , j’ai été obligé d’en fumer.

-mais c’est grave ce que vous dites là…

Bien sûr,  mais les conditions  de vie dans cette prison ne donnent pas le choix, quand on envoie même le pape François dans cette prison  dans ces conditions, il ne peut avoir la chance d’en sortir vivant.  Il va fumer du Cabanis tous les soirs avant de rentrer dans son bâtiment, Regardez-moi bien, je suis père de famille et j’ai 4 enfants, je connais la différence entre le bien et le mal, ma fille fait la terminale cette année et mon premier garçon passera son BEPC,  je me suis retrouvé face à un dilemme, fumer du cannabis pour avoir la chance de voir le lendemain, ou tomber et mourir. Ce n’est pas de gaieté de cœur, mais je n’avais pas le choix. Je suis sorti il y a 2 jours mais regardez mes pieds son toujours enflés  et j’ai encore cette odeur de la morgue sur moi.

-A votre avis ce serait quoi la solution?

Il faut libérer les gens, il faut décongestionner cette prison, il faut trouver des formules. De mon point de vue,  je crois que c’est très honteux pour mon pays cette prison.  Je tiens  à féliciter ceux qui y passent des années, et c’est ce qui me faire dire que Dieu est très puissant car seul lui peut protéger les gens de la mort là-bas. Un vrai couloir de la mort cette prison. Quand on sait que les gens dépensent eux même pour manger, pour laver les habits et subvenir à d’autres besoins. Je ne parlerai pas des malades qui sont laissés à eux-mêmes sans aucun soin. La peine de mort est belle et bien au Togo et c’est la pire des espèces parce que tu es condamné à mourir lentement. Imaginez que beaucoup y sont de façon injuste

Si vous devez adresser un message aux dirigeants de ce pays ?

Je dis ceci, Dieu les pardonne tous les jours et nous devons tous priés pour ceux qui sont dans cet enfer de prison et ceux qui auront la malchance d’y aller. Je demande aux autorités de trouver de façon très urgente une solution à cette inhumanité. Il faut diminuer rapidement la population carcérale. Ce sont des humains qu’on traite comme des bêtes de somme alors que tout le monde a le droit qu’on lui donne une seconde chance. C’est ce à quoi les centres de détentions doivent servir et non un moyen de briser des vies.

Que Dieu vous bénisse, que Dieu bénisse notre pays et que la compassion soit au cœur de la politique carcérale.


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