Me Raphaël N. Kpande-Adzare: »qu’une ODDH digne de ce nom, ne doit pas donner des consignes de vote. Je considère que c’est faire de la partisannerie que de donner des consignes de vote ».

16 04 2015

raphaelInterview Avec : Me Raphaël N. Kpande-Adzare, Président de la LTDH (Ligue Togolaise des Droits de l’Homme), Membre de la Synergie des ODDH (Organisations de Défense des Droits de l’Homme).

Par : Nephthali Y. M. LEDY (Rédacteur-en-Chef)/Tél. (+228) 91 80 85 58 – 22 42 75 03

 Bonjour Maître Raphaël, merci de nous recevoir. Votre collègue Me Zeus Ajavon, de la Synergie des ODDH, appelle finalement les togolais à aller voter le 25 avril prochain ; un vote contre lequel votre Synergie mène des actions, dans les conditions actuelles. Que se passe-t-il  exactement au sein de la Synergie ?

R : Je voudrais, avant de commencer, vous faire une confidence : Je me suis engagée dans cette lutte dans la plus grande innocence et le plus grand désintérêt. Je nourrissais, comme d’autres, une conviction guidée par le bien être des Togolais. Mais actuellement, je désenchante, quoi que je ne baisserai jamais les bras. Beaucoup avaient et ont des agendas cachés. Ils se connaissent. Et c’est cette lacune de se mettre à la hauteur, au-dessus de la mêlée qui a plombé la lutte au sein du CST. Il faut dire que cette page d’interview ne pourra suffire à me permettre de clarifier un certain nombre de choses. Je considère tout simplement qu’une ODDH digne de ce nom, ne doit pas donner des consignes de vote. Je considère que c’est faire de la partisannerie que de donner des consignes de vote. Une ODDH doit s’attacher à des positions de principe. Et les leaders d’opinion doivent tenir des discours constants, cohérents et rassurants. Comprenez donc que lorsqu’on varie, lorsque par un tour de main, on change de position, on devient moins crédible et rassurant. Telle a été l’attitude de certains de nos camarades de lutte d’hier. On a soutenu « mordicus » pour mobiliser l’opinion que « Pas de réformes, pas d’élections ! ». Certains sont allés loin en considérant que même avec les réformes, ils ne voulaient pas de la candidature du Président Faure. Aujourd’hui, non seulement on n’a pas eu ces réformes, mais aussi et surtout Faure est candidat à sa propre succession. Et pourtant, ceux qui étaient hostiles à sa candidature participent à ce scrutin. Non ! Les Togolais nous suivent et nous ne devons pas leur offrir un spectacle si désolant, ni un aveu d’incapacité à soutenir jusqu’au bout une position.

 Si Me Zeus Ajavon appellent aujourd’hui le peuple à aller voter, considérer que ce n’est pas la position de la Synergie des ODDH. C’est Me AJAVON seul qui a fait ce revirement de position puisque lui aussi scandait hier avec nous que « Pas de réformes, pas d’élections ». Car justement, l’absence des réformes conduit au retour des « vieux démons » et nous ODDH, nous n’en voulons pas et donc notre position est que sans les réformes, ces élections n’ont aucun sens et nous ne pouvons pas appeler les populations pour. Il faut rappeler à juste titre que Me Ajavon avait été mis en minorité relativement à cette position au sein de la Synergie des ODDH et a dit se mettre en retrait en tant que coordonnateur de la Synergie. Ce qui a expliqué son long silence. D’où vient qu’il surgisse pour appeler au vote au nom de la Synergie des ODDH ! C’est de la partisannerie et de la polémique inutile. Je me demande qu’à supposer que le CAP 2015 dont l’ANC est membre n’était par candidat à ces élections, et avait maintenu sa position de départ, à savoir « Pas de réformes, pas d’élections », Me Ajavon aurait pu appeler les populations à aller voter ! J’espère qu’il sait ce qu’il fait. C’est un choix qu’il a opéré. Qu’il assume. Mais qu’il n’engage pas aussi légèrement la Synergie. Nous devons penser au peuple, pas à des personnes. Et sans me censurer, le revirement de Gilles Christ OLIYMPIO et ses séquelles sont encore fraiches dans nos mémoires pour que nous nous permettions les mêmes erreurs. NON ! Ce qui est important, c’est que telle n’est pas la position de la Synergie des ODDH. Les ODDH continuent de scander que pas de réformes, ces élections n’auront aucune crédibilité démocratiques, et donc ne pourront pas apporter une solution au déficit démocratique dont souffre le Togo notre pays. J’ai parlé. Mai seul l’avenir nous acquittera !

Suite au rapport établi par les Experts de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), et ceux des différents partis prenant part au scrutin, sur le fichier électoral, il est annoncé que le fichier n’est pas parfait, mais les partis l’estiment consensuel. Quel commentaire en faites-vous à la Synergie des ODDH ?

R : Je dirai d’entrée de jeu que l’OIF et les 05 candidats ont comploté sur le dos du peuple togolais. Il est à regretter que l’OIF, ce grand organisme international en qui nous avons de l’estime et du respect, ait pu se comporter de la sorte. Nous voulons une Francophonie des peuples, une francophonie des citoyens et non une Francophonie des Etats et/ou des candidats aux élections. Ce que l’OIF a fait au Togo ne pourra se faire ni en France, ni au Canada. C’est simplement triste et frustrant qu’on complote sur le dos du peuple et accepter d’aller aux élections avec un fichier imparfait, mais simplement consensuel et d’un consensus égoïste. Mais pire encore, un consensus purement partisans, où les intérêts du peuple souverains, qui réclame les réformes, ont été bafoués. Un consensus de 05 personnes sur les 6.000.000 d’âmes que compte la population togolaise.

Et l’OIF s’en est lavée les mains à la Ponce Pilate comme pour dire : « Le fichier est corrompu, imparfait. Mais puisque les 05 candidats consentent à faire usage de ce fichier imparfait, bon !, l’OIF ne trouve aucun motif de refus ». Quelle bassesse ! Quelle fuite de responsabilité ! Quel égocentrisme !

L’OIF a simplement foulé au pied ses propres principes contenus dans la « DECLARATION DE BAMAKO » du 03 Novembre 2000 qui lui servent de base et d’orientation et qui stipulent entre autres que :

 

  • La démocratie, cadre politique de l’État de droit et de la protection des droits de l’Homme, est le régime qui favorise le mieux la stabilité à long terme et la sécurité juridique ; par le climat de liberté qu’elle suscite, la démocratie crée aussi les conditions d’une mobilisation librement acceptée par la population pour le développement ; la démocratie et le développement sont indissociables : ce sont là les facteurs d’une paix durable.

 

  • La démocratie, pour les citoyens – y compris, parmi eux, les plus pauvres et les plus défavorisés – se juge, avant tout, à l’aune du respect scrupuleux et de la pleine jouissance, par les citoyens, de tous leurs droits, civils et politiques, économiques, sociaux et culturels, assortis de mécanismes de garanties. Il s’agit là de conditions essentielles à leur adhésion aux institutions et à leur motivation à devenir des acteurs à part entière de la vie politique et sociale.

 

  • La démocratie exige, en particulier, la tenue, à intervalles réguliers, d’élections libres, fiables et transparentes, fondées sur le respect et l’exercice, sans aucun empêchement ni aucune discrimination, du droit à la liberté et à l’intégrité physique de tout électeur et de tout candidat, du droit à la liberté d’opinion et d’expression, notamment par voie de presse et autre moyen de communication, de la liberté de réunion et de manifestation, et de la liberté d’association.

 

L’OIF a oublié que ses Etats Membres se sont engagés, « pour la tenue d’élections libres, fiables et transparentes », à :

 

  • S’assurer que l’organisation des élections, depuis les opérations préparatoires et la campagne électorale jusqu’au dépouillement des votes et à la proclamation des résultats, y inclus, le cas échéant, le contentieux sur le fichier électoral et autres, s’effectue dans une transparence totale et relève de la compétence d’organes crédibles dont l’indépendance est reconnue par tous.

 

  • Garantir la pleine participation des citoyens au scrutin, ainsi que le traitement égal des candidats tout au long des opérations électorales.

 

Et dans son Programme d’action, annexé à la « DECLARATION DE BAMAKO », l’OIF s’engage vis-à-vis de ses Etats Membres, « pour la tenue d’élections libres, fiables et transparentes », à renforcer les capacités de l’ensemble des acteurs nationaux impliqués en :

 

  • « Contribuant, avec l’ensemble des parties impliquées, à surmonter, de façon durable, un certain nombre de difficultés d’ordre technique et logistique récurrentes.

 

  • « Concourir à la recherche de la mise en place de dispositifs et mécanismes adaptés ».

 

Je me demande alors là où se situe le peuple dans tout ce jeu ! Dommage ! C’est ce qui explique d’ailleurs qu’une ODDH, qui est supposée défendre les principes de démocratie, ne puisse, pour rien au monde, appeler les populations à aller voter sur la base d’un tel fichier.

 

L’OIF aurait mieux fait de conseiller un report de la présidentielle, voire l’ouverture d’une transition pour parvenir, non seulement au réformes, mais aussi et surtout à un fichier parfait et non consensuel. Et pour résoudre enfin les problèmes togolais. Et telle était, est et reste la position de la Synergie des ODDH !

 

L’OIF a purement et simplement failli à sa mission de démocratie car il était question de relever un pays qui est en pleine déliquescence démocratique.

 

  1. Selon les informations, malgré votre opposition à une élection sans les réformes, votre associations est sollicitée, voire financée par une institution internationale, pour la sensibilisation sur l non violence. Qu’en est-il exactement ?

R : Non, c’est de la pure spéculation. Nous avons toujours dit à la LTDH que l’expérience prouve que pour avoir des élections apaiser, il faut, de prime abord, qu’elles soient transparentes. Comment prôner l’apaisement avec des élections sans gage de transparence, avec des élections où seule la volonté d’un parti prédomine. Et partout où la LTDH est passée, les populations ont vivement rappelé que le refus des réformes et l’absence de la transparence des élections sont des germes de conflits. Nous en avons toujours appelé à notre partenaire technique et financier qu’est les PNUD.

Mais souvenez-vous aussi du débat sur le format du bulletin. Tous les candidats soutiennent, y compris le Président en exercice de la CEDEAO, M. JOHN MAHAMA, le retour à la forme verticale, mais seul UNIR refuse et la CENI entérine.

Souvenez-vous également de la dissension sur mode de transmission, de centralisation et de compilation des résultats de vote. Le Code électoral prévoie la compilation à travers les Procès-verbaux des bureaux de vote. Mais UNIR vient ajouter le mode SUCCES ! Et bien la CENI, qui est aux ordres, n’a fait qu’entériner.

Et voyant tout cela, vous voulez qu’une ODDH raisonnable et sans intérêts partisans, appelle les populations à aller voter ? Mais pour quels résultats ! Et que faire même du front social en ébullition constante et continue ? Non, le bon sens et l’éthique politique commandent un minimum de cohérence et de stabilité dans les positions. Car ce ne sont pas des bêtes qui nous suivent, mais des êtres pleins de raison.

Pour revenir à votre question, le PNUD est un ancien partenaire de la LTDH et le financement autour duquel on spécule n’a été qu’une coïncidence avec ces élections. Le projet soumis est éligible en termes de la mise sur pied des cellules d’alerte précoce et le PNUD a trouvé que c’est souvent en périodes des élections qu’il y a des germes de conflit. Donc toute spéculation cessante, vous voyez qu’il n’y a aucune contradiction dans les positions et les activités.

 

  1. Tout porte à croire que vos actions, à la Synergie des ODDH, contre une élection sans les réformes, sont des échecs. N’avez-vous pas des moyens, autre que les marches ?

Bon mais des campagnes de démobilisation faites par des gens qui pensent que nous devons nécessairement les suivre dans leur revirement. De toutes les façons, pour moi, ce n’est pas un échec. N’oubliez pas que les marches font l’objet d’interdiction et de répressions disproportionnées. Nous savons que l’avenir nous acquittera.

  1. Votre mot de fin…

Mon mot de fin, c’est d’appeler les populations togolaises à ne pas faiblir. Nous savons ce qu’elles pensent et ce qu’elles croient. Il est aussi temps que les Togolais cessent de placer leur confiance aux hommes, mais dans les idées, dans les actes et surtout en Dieu. La Providence veille sur ce pays et le délivrera certainement et à très proche échéance de la pauvreté et de la misère dans lesquelles la volonté de se maintenir au pouvoir d’une minorité a plongé ses filles et fils depuis près de cinquante (50) ans. Quand aux leaders d’opinions, sachons que chacun rendra à coup sûr compte de ses actes. Le pouvoir culmine toujours avec la responsabilité. A qui on donne beaucoup, on demandera, voire exigera beaucoup. Que Dieu veille sur notre pays le Togo.

source: journal Golfe info


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