Togo, David kpelly, immortalise Anselme Sinandaré tué par balles il y a deux ans.

28 05 2015

588Anselme Sinandaré est fauché de façon froide et lâche au cours de manifestations qui  ont  secoué le monde de l’éducation au Togo en cette année 2013. Le très jeune Anselme, 12 ans seulement faisait partie de ces milliers d’élèves qui ont soutenu les mouvements de débrayages des enseignants en réclamant par le biais de manifestations publiques, pacifiques,  la reprise des cours et la satisfaction des revendications légitimes des acteurs de l’éducation. Anselme  était aux côtés de plusieurs milliers de ses camarades pour faire entendre leur voix et faire entendre raison  à un régime autiste certes mais surtout inhumain. Sans sommation, la manifestation est réprimée dans le sang et des balles réelles sont tirées sur de jeunes innocents. Anselme a  été tué par l’une de ses balles. Un policier ou gendarme lui a tiré dessus à bout portant sans aucun état d’âme. Ce dernier ou plutôt cette dernière à en croire certaines indiscrétions, continue de déambuler en toute liberté malgré ce crapuleux crime. L’impunité dans le Togo de Faure plus qu’une réalité est érigée en mode de gouvernance.

Ce qu’il est convenu d’appeler,  forces de l’ordre et de sécurité, au Togo de Faure Gnassingbé,  sont des forces à la gâchette facile qui assassinent des êtres humains comme des bêtes de somme. Les exemples de la difficile cohabitation des citoyens d’avec ceux qui sont sensés les défendre sont malheureusement légions et les martyrs se comptent par milliers.

Le compatriote David kpelly, auteur de L’Elu de la réforme, le Fratricide de la réforme,  le Gigolo de la réforme et   apocalypse des bouchers est connu pour ses plumes pimentées à l’endroit du régime dynastique togolais.

En lutte, à travers ses écrits et prise de position  contre la dictature cinquantenaire qu’incarne Faure Gnassingbé successeur de son père à la tête du Togo, David malgré les plus de 1900 kilomètres qui sépare Bamako, où il réside, de Lomé, reste interpeller par ce lâche assassinat  d’une autre époque.

Pour s’auto guérir de cette tragédie et prouver à la face du monde que le pouvoir togolais ne fera aucune lumière sur ce drame, David choisi d’adresser des correspondances tous les mois au premier ministre togolais qui a eu le toupet de faire croire à la terre sur les antennes de Rfi que la mort du  jeune Anselme sera élucidée et l’auteur puni. Plus besoin de dire qu’il n’en est rien. Le Togo hors la loi, est connu pour l’inhumanité de son pouvoir dynastique qui n’a aucun respect pour la vie.

Les correspondances de David à l’attention d’Arthème, le patron de primature au Togo ont duré un an. 12 mois de correspondances qui n’ont aucunement ému le premier des ministres de Faure Gnassingbé. Un silence radio qui n’étonne guère l’expéditeur de ces lettres ouvertes.

En effet, pour commémorer les deux ans de disparition du jeune Anselme Sinandaré (15avril 2013- 15 avril 2015),  qui n’a eu droit ni à des obsèques dignes, ni à aucune enquête pour situer sa famille et l’opinion, David kpelly lui rend hommage à travers un recueil de correspondances, sans aucune réponse de l’état du Togo.

Les 12 lettres ont fait l’objet d’édition et sort en bouquin au titre assez évocateur, « Pour que dorme Anselme ».

L’auteur fait revisiter les différentes correspondances élaborées dans un style décontracté, titillant, provocateur et pimenté à souhait. L’auteur sait rire d’une tragédie dans un ton solennel, un contraste inouï et cohérent pour le bonheur des lecteurs  qui vont parcourir tout en émoi ce livre-hommage à Anselme. Un hommage que le pouvoir de Faure Gnassingbé refuse de lui rendre, à Anselme et aux milliers de martyrs qui jonchent le parcours du père en fils.

David kpelly aura tout essayé  dans ce bouquin en termes d’interpellations. En plus personne n’a obligé le premier ministre au micro de Rfi en ce 18 avril 2013 de promettre une enquête sur cette tragique disparition. Depuis avril 2013 qu’Arthème Ahoomey Zunu a fait cette promesse, pour faire politiquement et humainement correcte,  ce n’était que du bluff, pour endormir l’opinion nationale et surtout internationale.

Si ces correspondances ont eu un accueil chaleureux de la part des internautes du monde qui l’ont repris sur les sites, les blogs et mêmes des journaux papiers, le destinataire en la personne du premier ministre a gardé un silence retentissant mais prévisible.

Ahoomey Zunu a rendu le tablier à son bienfaiteur Faure Gnassingbé au lendemain de la mascarade électorale  sans avoir éclairé les togolais et les parents d’Anselme sur ce qui est arrivé à ce jeune martyr sans doute l’un des plus célèbres dans le sombre panthéon des milliers de victimes de cette dictature héréditaire.

Et si c’était le fils du premier ministre qui est abattu, restera-t-il de marbre ? L’une des grandes interrogations que l’auteur pose à Ahoomey Zunu.

Dans la 12èm et dernière correspondance l’auteur rappelait qu’il savait que le premier ministre resterait silencieux, il n’est pas du tout étonné de l’attitude du chef du gouvernement.

Morceaux choisis :

« Monsieur le Premier ministre, quand, en avril 2013, j’avais décidé de vous interpeller chaque mois pour vous rappeler votre promesse, je savais très bien que mes appels ne feraient rien, ne pouvaient rien faire, pour changer votre quotidien. J’étais même presque totalement convaincu que vous ne lirez même pas une seule ligne d’aucune de ces lettres. Mais chaque mois je vous les ai adressées avec la même détermination, avec l’enthousiasme d’un émetteur regardant devant lui un récepteur bien identifié. Douze fois consécutives en onze mois, j’ai fait ce ridicule geste désespéré de parler à quelqu’un qui ne m’écoute pas, à l’instar de cette vieille femme de mon village qui, dans les années quatre-vingt-dix, ayant perdu son fils unique, un jeune étudiant de 27 ans, partait chaque matin sur la tombe de ce dernier le saluer et se lancer dans un long monologue, convaincu que son fils l’écoutait et lui répondait. Elle avait continué ce geste chaque matin jusqu’à sa récente mort, malgré les moqueries des villageois qui avaient fini par la prendre pour une folle.

Monsieur le Premier ministre, j’y suis aussi allé de ma folie à moi pendant onze mois, sans aucun succès. Et malgré les multiples messages d’encouragement que je reçois chaque mois quand je vous envoie mes lettres, malgré ces dizaines de compatriotes qui se sont chargés, à l’approche de chaque 18 du mois, date à laquelle je vous envoie les lettres, de me rappeler de ne pas oublier « La Lettre », malgré ce message émouvant d’un internaute m’ayant écrit depuis Dapaong, se présentant comme un oncle d’Anselme, et qui m’a promis qu’il imprimera toutes mes lettres et les distribuera à toute la famille d’Anselme, même ceux qui ne savent pas lire, malgré tous ces arrière-goûts de satisfaction, je boucle ma série de lettres avec le désespoir d’un combattant qui dépose les armes, avec l’œil humide que présente le vaincu devant son vainqueur. Et si on me demandait de résumer en un seul mot l’affaire Anselme Sinandaré, je dirai simplement : TRAGEDIE.

Oui, Monsieur le Premier ministre, tragédie, absolument ! Tragédie d’un enfant exécuté en plein jour, à ciel ouvert, devant des centaines d’yeux, mais dont personne n’a le droit de connaître l’assassin. Tragédie d’une mère à qui on ramène un enfant mort, le sien, une mère qui voit son sang, ses eaux, ses larmes, ses soupirs… anéantis en un brin de temps, une mère qui hurle, saute sur un corps raide qu’on lui présente comme son enfant, qui demande en larmes qui a assassiné son trésor, et à qui on donne pour toute réponse des soupirs mats : « On ne sait pas. » Tragédie d’une famille qu’on ampute gratuitement, injustement, d’un de ses membres, et qui ne sait à qui s’adresser pour avoir justice. Tragédie de tout un village, de toute une région, de tout un peuple qui s’est levé pour réclamer justice sur la mort d’un mineur innocent fauché, mais qui s’est très vite calmé, résigné, parce qu’il s’est rendu compte qu’il n’a même plus le droit d’être écouté. Tragédie, absolument, tragédie !

Monsieur le Premier ministre, je ne suis peut-être qu’un imposteur, cherchant à m’immiscer dans des affaires qui ne me regardent pas. Le proverbe éwé le dit si bien « On ne dit pas à un propriétaire venant chercher sa chèvre que cette dernière a une corde au cou. » Peut-être qu’Anselme vous appartenait, plus qu’à sa mère, plus qu’à son père, plus qu’à sa famille. Tous les Togolais vous appartiennent, et c’est vous, vous seuls qui décidez de ceux que vous devez tuer ou non… Il ne me reste, moi, qu’à continuer de me leurrer dans ma folie, parce que bientôt les douze lettres que je vous ai adressées iront en édition, comme je vous l’avais annoncé dès le début. A la sortie du livre, je vous enverrai un exemplaire. Je ne sais pas si vous le lirez. Cela m’est d’ailleurs égal, que vous le lisiez ou pas. Parce que je suis de plus en plus convaincu que vous qui nous dirigez et nous vos administrés n’avons au fond pas grand-chose à nous dire. Nous ne nous comprendrons pas. Puisque nous ne parlons pas le même langage. Ah, ça non ! »

Conclu non surpris mais très déçu, abattu, impuissant David kpelly, qui ne peut ressusciter hélas son jeune frère Anselme, il ne peut que l’immortaliser à travers ce vibrant hommage Pour que dorme en paix Anselme.

David kpelly reste l’une des figures de proue  dans le microsome de la  blogosphère  et auteur de plusieurs ouvrages. Mais ce livre, « Pour que dorme Anselme » restera dans la mémoire collective comme l’un des chefs d’œuvre de l’auteur.

La traversée du désert continue avec le régime en place qui va boucler 53 ans de règne avec le troisième quinquennat que Faure Gnassingbé vient de s’offrir depuis le 25 avril dernier. En attendant un Togo autre, que la terre soit éternellement douce à Anselme et  à tous les martyrs du Togo.

 

 

 


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